DEUXIÈME PARTIE
sait, et je pensais avec étonnement et admiration à mon séjour à Boulogne, lorsque, n’étant pas encore catholique, — quatorze ans avant cette époque, — je me voyais, moi-même , célébrant la sainte messe à un autel catholique. Était-ce un jeu de mon imagination? Était-ce un pressentiment démon cœur? Dieu le sait.
Oui, ce rêve sublime se réalisait , et le 18 septembre 1857 , à Milan , je fus ordonné prêtre par Mgr Ramazotti, évêque de Pavie, aujourd’hui patriarche de Venise.
Une heure après la cérémonie , j’eus la douleur d’apprendre que madame Swetchine venait de terminer à Paris sa brillante et humble carrière.
Je n’ai pas essayé de décrire ce que j’éprouvai au moment de mon abjuration , il me serait aussi impossible de dépeindre les sentiments qui occupaient mon cœur, lorsque le lendemain de mon ordination, je célébrai la sainte messe pour la première fois. C’était dans notre collège de Milan , à oe même autel où s’était décidée ma vocation : le P. Piantoni m’assistait, et le jeune novice à côté duquel j’avais, en ce jour mémorable, Teçula sainte communion , me servait la messe. C’était la messe des douleurs de la très- sainte Vierge! Que de souvenirs ! J’eus le bonheur de nourrir du pain des anges des amis vénérés et chéris!
Et maintenant je m’adresse à vous, mes jeunes
frères ; à vous tous, hommes au cœur noble qui un jour monterez à Pautel. Rappelez-vous ce que notre divin Maître voulut avoir lorsqu’il institua le saint sacrifice, lorsqu’il célébra la première messe : une grande chambre haute , meublée et préparée... Donnez-lui donc, vous aussi, une belle demeure; que cette chambre, la chambre de votre cœur, soit grande et élevée, qu’elle soit meublée et ornée de chasteté , d’humilité et de pauvreté. Oui, que votre cœur soit grand et généreux, qu’il soit préparé à toutes les expiations , à tous les sacrifices , à toutes les douleurs et à toutes les joies.
Le P. de Ravignan, c’est la dernière fois que je prononce ce nom chéri dans cet ouvrage, mais jamais je ne cesserai de le prononcer dans mon cœur, m’écrivit la lettre suivante :
Saint-Acheul, 8 septembre 1857.
« Mon révérend et bien-aimé Père, soyez tranquille sur mon compte, je vais réellement trèsbien ; mes forces et ma voix sont revenues ; et me voici à peu près rendu à mon état ordinaire. Je garderai ce que j’avais déjà de l’asthme et un fond de catarrhe , mais on vit longtemps encore avec oes . deux hôtes. Prions et réjouissons-nous.
« Oui, réjouissons-nous, mon bien cher et ex-