CHAPITRE PREMIER
Quelle est funeste l’habitude que Ton donne si souvent à la jeunesse de ne penser qu’aux choses de la terre, et de ne prendre pour guide que les sens ou la raison humaine ! Je ne vois pas; je ne comprends pas; que d’hommes ces spécieuses paroles ont éloignés de la vertu et du bonheur ! Nous enchaînons nos pieds à la terre, au-dessus de nos têtes nous bâtissons une voûte épaisse ; nous éteignons, nous interceptons la lumière qui vient d’en haut, et puis nous nous plaignons de ne pas voir. Ah ! brisons celte voûte, rompons les liens qui nous attachent et prenons notre essor vers le ciel. Là, nous verrons, nous comprendrons, et nous respirerons à l’aise ; là nous jouirons de cet air pur , de cette lumière céleste que vous versez à pleins flots sur l’humanité ; là, nous sentirons la plénitude de l’existence, cette paix si douce qui vient de vous seul, ce repos que l’on ne trouve qu’en vous... Seigneur, pardonnez-moi d’oser parler ainsi. Ah ! je me sens indigne de celle paix que vous donnez, et si je continue à vous parler, c’est parce que j’ai besoin de m’occuper de vous, parce que j’ai besoin de vous
EGAREMENT.
chercher en moi-même et de bien comprendre que ni la matière ni le raisonnement seul ne peuvent me faire vivre avec vous et me faire goûter les délices que vous donnez à ceux qui vous aiment. Dans l’ordre admirable que vous avez établi ici-bas, les sens et la raison ont un partage assez beau : le champ qu’ils doivent cultiver est vaste et fertile ; mais l’homme , pour s’élever jusqu’au ciel , pour vivre avec vous, a besoin d’un autre secours ; il lui faut encore la foi. Ah ! on dirait vraiment que toutes les facultés de l’âme n’ont pas des droits à revendiquer et un rôle à jouer dans l’existence humaine ! Pourquoi nous auriez-vous donc accordé la faculté de croire? Et cette faculté ne doit-elle pas être employée pour les choses divines aussi bien que pour les choses de la terre ? Croire n’est pas voir, ce D’est pas comprendre ; on voit ce que l’œil saisit, on comprend ce que la raison démontre ; mais pour croire, on n’a pas besoin de voir ou de comprendre de cette sorte; on croit ce que Dieu a révélé, et cette foi raisonnable qui donne la paix est plus forte que toute compréhension, que toute science. C’est elle qui donne la vraie lumière de l’âme. Saint Augustin l’a dit : « Crede ut inlelligas; » Croyez afin de comprendre.
Seigneur, c’est par la foi, par la foi seule, que l’homme peut accomplir sa destinée et atteindre le but sublime pour lequel vous l’av ez créé, c’est-à-dire