CHAPITRE PREMIER
le bonheur par la vertu ; mais il faut pour cela qu’il laisse agir son âme, organe spirituel qui , comme les membres du corps, a besoin d’être exercé pour agir; que, s’il ne veut pas l’exercer, il faut bien qu’il se paralyse. Alors, l’homme ne vivant plus pour vous, ô mon Dieu ! vit pour la fausse science, pour le monde, pour la matière et pour lui-même. De celte fausse science, du monde, de la matière, et surtout de lui- même, il s’est fait des idoles qu’il adore ; mais en s’adorant ainsi lui-même, ne se rendil pas semblable à une idole, à un être privé de vie? car vous êtes la vie, Seigneur, et en s’éloignant de vous il s’éloigne de la vie et tombe dans le mal , dans le malheur, dans la mort. Oui , son âme est morte, car elle est sans mouvement, sans prière. Ne vous priant pas, ne vous parlant pas, ne communiquant jamais avec vous , elle ne peut entendre les sublimes discours que vous ne cessez de lui adresser, elle ne peut voir les célestes clartés dont vous cherchez à l’inonder. C’est alors qu’avec le Psalmiste on peut s’écrier: « Elles ont une bouche, « elles ne parlent point ; des oreilles, elles n’enten- « dent point ; des mains, elles ne touchent point ; « des pieds, elles ne peuvent marcher; elles ont « un gosier et n’ont point de voix. Ceux qui les « font deviendront semblables à elles (les idoles) « avec tous ceux qui y mettent leur confiance. » L’homme qui, au contraire, ne comptant pour
ÉGAREMENT
rien le monde, la matière et soi-même, s’habitue à vivre de la foi , c’est-à-dire à faire vivre son âme , s’assimile en quelque sorte à vous qu’il adore; à vous avec lequel il vit par la prière et dans la méditation; à vous, dont il se nourrit dans la sainte Eucharistie. Car , comme nous ne pouvons manquer de ressentir l’influence des éléments qui sont la base de notre alimentation , il est évident que l’homme qui ne se nourrit que de matière, qui aime la matière, qui aime son corps, doit tuer en luimême tout principe spirituel. Cet homme , ce malheureux n’a pas de Dieu, c’est le véritable athée pratique.
O Seigneur! qu’ils sont grands, qu’ils sont magnifiques, les mystères que vous découvrez à ceux qui vous cherchent et vous aiment! Vous ne les découvrez pas entièrement, il est vrai; mais vous permettez d’y jeter un coup d’œil. Alors, au milieu de nuages se fait voir une lumière inconnue, c’est un point lumineux, une étoile qui éclaire l’âme d’une soudaine illumination et la remplit d’une joie qui est l’avant-goût du paradis... Que j’étais loin de comprendre cette vérité ! Comme tout être créé, je l’ai dit, je voulais être heureux; oui, j’étais altéré de bonheur , et pour satisfaire cette soif ardente , que n’essayais-je pas! Je courais, je m’agitais, je répandais mon âme , je la disséminais sur tout ce qui m’entourait... Ce bonheur, je le cherchais dans