CHAPITRE PREMIER
l’étude , dans les plaisirs du monde , dans les plaisirs de l’imagination, dans les plaisirs innocents, dans les plaisirs coupables; je le cherchais dans la vanité, dans l’ambition, dans l’amour-propre, dans tout, Seigneur, dans tout, hormis dans le seul objet où j’aurais pu le trouver, dans votre adorable unité. Aussi, n’étais-je jamais satisfait, il me manquait toujours quelque chose; tandis qu’aujourd’hui... oh ! je vous possède, mon amour, mon bonheur , et rien, rien ne me manquera désormais.
Je sais, ô mon Dieu ! que vous ne châtiez qu’avec peine, et alors seulement que vous avez épuisé pour nous convertir les trésors de votre bonté; aussi essayâtes-vous avec moi de tous les moyens qui doivent faire naître la reconnaissance, et dès les premières années de mon mariage, je fus comblé de vos bienfaits. Vous me donnâtes deux fils; vous vouliez sans doute me ramener à la foi par l’amour paternel ; mais je devais encore longtemps refuser de réagir sous votre bienfaisante action. Je me sentais heureux, il est vrai, et loin d’en éprou-
ÉGAREMENT
ver de la reconnaissance, je croyais que le bonheur m’était dû, ou plutôt je n’y réfléchissais pas.
Alors, Seigneur, vous m’envoyâtes des chagrins ; plusieurs événements tristes se succédèrent avec rapidité dans ma famille, et je vis de près la mort et la douleur. La femme si douce et si bonne que vous m’aviez donnée pour compagne perdit un oncle bien-aimé, puis une sœur chérie, et peu de semaines après, nous vîmes mourir notre second fils. Oh ! que de larmes versa sa pauvre mère, et qu’elle était à plaindre ! Mais que la sagesse de vos plans est admirable ! Souvent, je me demandais, dans mon ignorance, pourquoi cette femmes! innocente était ainsi destinée à souffrir, et je vous accusais d’injustice, mon Dieu! J’ignorais qu’elle souffrait pour moi et que c’était votre amour qui le permettait. Oui, elle souffrait pour moi; mais votre sagesse est telle qu’elle souffrait en même , temps pour elle-même. Sa souffrance préparait et son bonheur et le mien. Vous l’aviez choisie pour devenir un jour l’instrument de mon salut, ses croix étaient des grâces, et en l’épurant par la douleur, vous la mûrissiez pour le ciel.
Seigneur, je crois fermement que rien n’arrive ici-bas sans une permission ou un ordre émané de vous, et dont le but ne peut être que notre bien; oui, je sais à présent qu’on ne peut admettre un Créateur sans croire à sa providence.