CHAPITRE PREMIER
Ed effet, le Créateur est certainement la toutepuissance; mais cette toute-puissance peut-elle ne pas être la suprême intelligence, et ces deux termes, ces deux perfections, unies en une seule, peuventelles agir autrement que par l’amour ? De ces deux attributs peut-il procéder autre chose que l’amour? Or l’amour, l’amour divin doit nécessairement aimer sa créature, veiller sur elle et régler toute sa vie; mais si cet amour est en même temps intelligence et puissance, peut-il agir autrement que par les lois de la suprême sagesse? Non, sans doute, et c’est précisément son action, son gouvèrnement, le gouvernement de. la très-sainte Trinité que nous nommons l’action de la Providence. Votre providence existe donc; oui, je le crois, je le professe, mon cœur, ma raison, tout en un mot le proclame. Oh ! il est doux et raisonnable de se sentir dans la dépendance absolue de votre infinie bonté, et de savoir que tout ce que vous permettez doit servir à notre salut, pourvu que nous le voulions. 11 est raisonnable et doux de se sentir bercé dans vos bras paternels, de n’y avoir d’autre mouvement que celui de la joie dans le bonheur, de la résignation dans la souffrance, et de la reconnaissance dans tous les événements de la vie quels qu’ils soient.
Oui, mon Dieu, quand vous permettez à l’homme de jeter un coup d’œil dans les mystères de votre gouvernement, il ne peut que vous bénir des dou-
ÉGAREMENT
leurs que vous daignez lui envoyer. Ainsi, vous saviez qu’il y avait en mon cœur une grande tendresse pour la femme si douce et si bonne que je regardais toujours comme un ange à mes côtés, vous saviez que rien ne pouvait me toucher autant que le spectacle de sa douleur. En moi, l’amour divin, l’amour du bien était nul; mais l’amour légitime delà créature existait, et ce fut ce sentiment dont vous vous servîtes plus tard pour me ramener à vous. O mon divin Père ! quelle reconnaissance ne vous dois-je pas de m’avoir uni à cette femme bénie, et d’avoir toujours entretenu dans mon cœur pour elle de l’admiration et du respect! Ce sentiment d’amour était l’étincelle qui, sous votre bienfaisante action, devait allumer un jour la flamme dont je brûle, ou au moins dont j’espère brûler pour vous un jour.
Elle était si naturelle et si touchante dans sa douleur, il y avait dans sa plainte un sentiment si naïf, si vrai et si profond, qu’il eût fallu avoir un cœur de roc pour ne pas s’émouvoir. Oh ! je me rappelle ces longues et douloureuses nuits où elle me demandait son fils. Que pouvais-je répondre? Je savais bien qu’il n’y avait pour elle d’autre remède que la résignation; mais au nom de qui lui en aurais-je parlé? Au nom de la philosophie peut-être? Ah! une mère au désespoir comprend- elle ce langage, et que peut un raisonnement qui, après tout, ne