‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 25 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

s’appuie sur rien, à celle qui demande pour quelle raison son enfant lui a été ravi? Votre parole, qui est l’expression la plus élevée du sentiment et de la raison à la fois, aurait seule pu répondre ; mais alors il ne me serait jamais venu à l’esprit d’indiquer comme consolation la source unique de toute consolation. Oh! j’étais bien abruti; néanmoins, ma sensibilité s’éveillait sous l’action de la douleur de cette mère désolée, car je souffrais de la voir souffrir.

A présent je puis, en jetant un coup d’œil sur l’ensemble de ma vie, voir ce qui se passait alors en moi, et je méjugé dans mon passé comme s’il s’agissait d’un autre ; mais alors, je vivais au jour le jour, ne croyant à rien, ne voyant rien, et sans jamais réfléchir ; car j’étais privé du seul flambeau qui puisse faire pénétrer la clarté dans l’âme, du flambeau de la foi, de la foi qu’on nomme aveugle; ah! c’est précisément parce qu’elle est aveugle, qu’elle est si clairvoyante.

ÉGAREMENT

Oh ! qu’elle est belle la vie de l’âme qui cherche la perfection! l’inûni étant son but, elle avance toujours, et toujours elle s’élève. Comme elle sent que l’opinion des hommes n’est rien, et avec quel bonheur elle accepte le mépris que son amour pour vous leur inspire !

En effet, il faut s’habituer, une fois que l’on veut vivre pour vous, à ne pas prendre l’opinion pour règle de sa conduite; d’ailleurs, de quelque manière que l’on agisse, on est sûr de trouver dans le public un grand nombre de détracteurs.

L’homme peut, dans sa vie morale, parcourir une immense échelle; il peut la monter ou la descendre, et, dans sa liberté, il est maître de choisir l’échelon sur lequel il veut s’arrêter. Cette immense échelle de la vie morale s’élève, ô mon Dieu ! jusque dans votre sein, jusqu’à la perfection. Là, aussi haut que notre œil peut voir, sont parvenus les saints; ils ont renoncé à toute jouissance terrestre, ils se sont condamnés pour vous à de cruelles macérations. Quelques degrés plus bas, on distingue une foule d’hommes vertueux et pieux; mais, parmi eux, n’y

Page 1