CHAPITRE PREMIER
qui me remuaient jusqu’au fond de l’âme. Enfin , après plus d’une année de pleurs inutiles, vous lui inspirâtes l’idée d’un vœu par lequel elle vous promit, Seigneur , de faire élever à ses frais un enfant qu’elle arracherait à la misère. Dès lors l’espérance rentra dans son cœur, et pendant quelque temps elle fut tranquille ; mais, soit que sa foi fût encore faible, soit que les circonstances l’empêchassent de s’occuper de ce vœu, elle en négligea ou en différa l’accomplissement pendant encore une année , et se livra de nouveau à la douleur. Enfin , un jour vous parlâtes plus fortement à sa conscience; elle se reprocha de ne pas avoir tenu sa promesse , et résolut de ne plus tarder à la remplir. En effet, elle alla trouver une personne charitable qui lui recommanda une pauvre petite fille âgée de quatre ans , qu’elle recueillit avec foi, avec espérance ; et, à la fin du même mois, elle m’annonça, rayonnante de bonheur, qu’elle était enceinte. Sa grossesse fut des plus heureuses , et neuf mois après elle me donna une fille.
Seigneur, si un incrédule lisait celte page, il se moquerait de moi ; et je ne lui en voudrais pas, car je sais que, dans notre orgueil, nous aimons à vous refuser toute participation aux événements de notre existence. Et pourtant, qu’il me dise, s’il peut, où sont les limites de votre action? Ah 1 elle est partout ou nulle part, en toutou en rien, dans les cho-
ÉGAREMENT
ses les plus grandes comme dans les plus petites, et c’est précisément parce que vous êtes infiniment grand que vous pouvez vous occuper des infiniment petits. Non, je ne lui en voudrais pas, car c’est dans sa moquerie que je trouve mon bonheur et ma gloire ; mais je le plaindrais de ne pas comprendre ce qu’il y a de sublime dans les actes que nous inspire la foi.
Les protestants ont nié l’efficacité des vœux , et les rationalistes ont nié votre action sur nous. Hélas! que n’a-t-on pas nié? Et pourtant, Seigneur, n’êtesvous plus notre Dieu, notre Père et notre Maître ? N’êtes-vous plus le Dieu d’Israël? n’êtes-vous plus au milieu de nous ? Vous l’avez dit, et je le crois avec bonheur, vous êtes non -seulement au milieu de nous et en nous , par votre providence paternelle et par votçe présence infinie, répandue dans tout ce qui existe; mais vous êtes encore réellement présent dans nos églises, oui, toujours avec nous pour nous mener au bonheur.