‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 31 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cloître, ne fait-il pas une action louable? Oh! oui , car il est beau de faire un grand sacrifice et de renoncer à ce monde dont vous avez maudit l’esprit; il est beau, lorsqu’on sent sa faiblesse , de fuir les tentations inévitables de la société; il est beau de fuir ses vanités et ses fausses joies; il est beau de déchirer le voile épais des illusions dont le monde recouvre ses folies et ses crimes. Oui, il est beau de passer dans la chasteté, dans la pauvreté et dans l’obéissance , dans la charité, dans le travail et dans l’humilité, une vie qui, sans ce vœu , eût été bien souvent consacrée au mal; il est beau de se couvrir d’un cilice et de dompter sa chair pour s’élever par l’esprit; il est beau de méditer sur votre miséricorde et d’attirer par d’incessantes prières vos bénédictions sur la terre; il est beau de chercher, pour arriver à la vertu, tous les moyens que vous nous offrez avec tant de prodigalité!

Mais il y a eu des abus , me dit- on. On a vu des pères sacrifier leurs enfants, des jeunes gens se sacrifier eux-mêmes pour remplir un vœu témérairement prononcé; on a vu des religieuses abandonner leur règle pour vivre dans l’oisiveté et dans le vice. Eh ! je ne le nie pas, tout ce qui est entre les mains de l’homme est sujet aux abus : il y a eu de fausses vocations , il y a eu de mauvais parents, il y a eu , parmi cette foule innombrable de saints

ÉGAREMENT

religieux qui ont orné la terre, quelques hommes pervers ou égarés. Hélas! il est trop vrai...; mais il y a eu aussi un mauvais apôtre parmi les douze que vous aviez choisis. Seigneur! Et pourtant qui voudrait (je ne parle pas de Voltaire et de son école), qui voudrait contester le mérite de Fapostolat?

Et ces vœux si touchants, par lesquels on s’engage à orner vos autels, ces tableaux, ces croix, ees chapelets, ces cœurs d’or, d’argent ou de cuivre, devant lesquels les faux sages et les superbes passent en haussant les épaules ou en souriant de pitié , tous ces dons, en un mot, par lesquels nous cherchons à vous témoigner nos douleurs et nos espérances , notre gratitude et notre amour, le protestantisme et l’impiété n’y ont jamais vu qu’une ridicule superstition. Ils disent que nous rapetissons l’esprit que vous nous avez donné; que nous rapetissons l’idée que l’on doit se faire de votre grandeur, et que nous vous traitons comme un juge terrestre dont on achèterait les faveurs à prix d’argent. Et pourtant, ici comme dans tous les ’ vœux, c’est toujours le côté moral qu’il faut considérer, c’est toujours l’idée saintement philosophique du sacrifice, cette idée fondamentale du christianisme et de l’humanité qui nous fait agir. Pour vous faire une offrande, ô mon Dieu ! ne fautil pas d’abord s’occuper de vous , qui êtes la perfection, et cette occupation n’est-elle pas un bien?

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