‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 32 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ne faut-il pas, en outre, s’imposer une privation? Grande ou petite, elle n’en existe pas moins; mais plus elle est grande, plus elle donne de bonheur. Certes, le pauvre qui, avec le prix d’une journée de travail, achète le don qu’il porte à l’église, et se prive par là du nécessaire, se procure une grande joie, et échange un don périssable contre un trésor que les voleurs ne lui enlèveront pas, et que les vers et la rouille ne pourront détruire. Ah ! si les hommes s’habituaient de nouveau à l’idée qu’une seule chose est nécessaire, si cette vérité était encore la règle de leur conduite, on les verrait, comme dans les siècles les plus glorieux de la foi, courir en foule sur vos traces, divin Jésus, et tout abandonner pour vous suivre. Que les prétendus savants et les faux sages qui, avant tout, veulent jouir de la vie matérielle, se rient et des vœux et des austérités; moi, je vous bénirai toujours, toujours je vous remercierai de ce que vous daignez éclairer ceux qui , laissant de côté de vaines sciences ou des jouissances grossières et frivoles, ne cherchent que vous, ô mon Dieu! Oh ! que votre consolante et divine lumière brille avec plus d’éclat dans un seul moment d’oraison que pendant les longues heures où l’esprit se livre à d’orgueilleuses recherches, et combien le cœur qui se tourne vers vous est plus heureux que la raison qui cherche la science !

ÉGAREMENT

Que ne puis-je évoquer toutes les âmes que nos saintes pratiques ont sauvées ! Oh ! si elles venaient nous dire ce qu’un vœu leur a inspiré de douceur et de force, de patience, de résignation et d’amour, l’incrédule croirait peut-être; il verrait que, dans votre tendresse pour nous, vous faites tout concourir à notre salut, et que rien n’est trop bas, rien n’est trop petit pour votre amour. Les protestants prétendent que notre culte catholique matérialise le christianisme et neutralise tout rapport de l’âme avec vous ; ils disent qu’une parole , une pensée , un soupir, vous suffisent. Oh ! je le sais , et nous le disons aussi; mais si celte pensée, si ce soupir ne suffit pas au cœur dont il s’échappe; si ce soupir veut se traduire en actions, si votre créature veut réaliser, autant qu’il est en son pouvoir, ce qu’elle sent pour vous, si, en un mot, elle veut un symbole qui l’aide à vous aimer, pourquoi lui en faire un crime? pourquoi la priver d’un bonheur qui la mène, par la vertu, jusqu’au bonheur éternel, jusqu’à la vertu éternelle? Ils oublient sans doute, ceux qui nous accusent de matérialiser la religion, que l’homme n’est pas un pur esprit, et que l’âme, pour recevoir et communiquer ses impressions, a besoin de l’intermédiaire des sens. L’homme n’est ni un ange ni une brute; il est homme, c’est-à-dire un composé admirable d’une, âme et d’un corps. Pour ne pas agir con-

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