CHAPITRE PREMIER
pour la réveiller de sa léthargie, vous appliquez les derniers remèdes, et, pour ne pas l’abandonner, vous lui faites subir des opérations sanglantes, douloureuses, mais infailliblement salutaires si elle le veut.
C’est ainsi que vous avez agi avec moi; mais alors je ne comprenais rien, je ne voyais rien, je ne vous découvrais pas dans mon existence, et votre action était nulle pour moi. Tandis qu’aujourd’hui, oh ! quel bonheur ! je puis vous remercier de mes souffrances. Seigneur, vous avez ouvert les yeux de mon âme, et à présent je vous vois en tout et partout, je vous trouve dans ma vie passée, dans mon présent, dans mon avenir, dans mes joies, dans mes douleurs
J’avais atteint ma vingt-huitième année, quand vous m’envoyâtes 'une grave maladie : je fus bien près de la mort; mais les prières de la femme pieuse qui était à mes côtés trouvèrent grâce devant vous. Je guéris, et (je puis à peine le croire), pas un seul instant il ne me vint à l’esprit de songer à ce que serait devenue mon âme si j’avais succombé ; je ne me demandai môme pas si j’avais une âme.
Peu de temps après, ma fille, cette enfant si désirée, tomba aussi malade : ce fut un mal chronique, long et dangereux. Hélas ! j’assistai à ses souffrances, aux souffrances de sa mère; mon cœur était en proie à la douleur ; mais j’étais toujours
ÉGAREMENT
sourd à votre voix, et, je dois l’avouer, les remords commençaient à s’assoupir dans mon âme : c’était une suite naturelle, une juste punition de ma coupable résistance.
Mon Dieu, comment exprimer ce que l’on a éprouvé, lorsque, pendant quelques instants, on a senti qu’on vous aime? Il m’est arrivé d’avoir eu le cœur comme inondé de ce sentiment ineffable, et de m’être senti, pour ainsi dire, comme noyé ou comme perdu dans un océan de délices. Cela m’est arrivé bien rarement, il est vrai ; mais quand vous m’avez accordé celle grâce, ô mon bien suprême ! ô mon amour ! comment vous dire ce qui se passait en moi? Je voudrais l’exprimer, car il est doux de parler de son amour à l’objet de cet amour. Mais comment rendre en paroles ces sentiments rapides, ces éclairs qui ne font que traverser l’âme, mais qui la remplissent tellement qu’ils la laissent longtemps accablée, mais pleine de force, anéantie, mais pleine de vie? Oh! ces instants bénis, s’ils devaient durer, l’homme pourrait-il les supporter?