‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 37 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nous efforçons de paraître meilleurs que nous ne sommes devant le tribunal d’une conscience qui nous accuse, .n’est-il pas une preuve certaine que nous sommes nés pour le bien? Oui, nous sommes nés pour le bien, car vous êtes en nous. Vous êtes au fond de notre âme, et vous voulez l’occuper tout entière ; en vain elle se débat, il faut qu’elle cède ou qu’elle se suicide. Si les gouvernements savaient que le désordre, que le mal accompagne infailliblement la perte de la foi, et que rien n’affaiblit le lien social comme le relâchement de la loi religieuse, ils chercheraient toujours à favoriser les progrès du christianisme, et certes César ne balancerait jamais à vous rendre ce qui vous est dû, ô mon Dieu !

Mon compagnon d’étude, bien meilleur que moi, cherchait sincèrement la vérité, mais il se trompait déroute. Né catholique, et ayant reçu une éducation chrétienne, il avait encore de la foi; mais cette foi s’ébranlait, et j’aimais à lui voir partager mon incrédulité. Je me rappelle avec douleur nos longs entretiens. Je n’attaquais ni la morale chrétienne ni la vertu pratique; mais la théorie, l’idée religieuse en général, l’existence de l’âme et la vôtre, mon Dieu ; je cherchais avec une légèreté et une vanité bien coupables à les renverser partout où je les rencontrais : et chez ce jeune Polonais, hélas! je réussissais.

ÉGAREMENT

TA

Bien souvent depuis, je me suis repenti de ce crime. Aussi ne puis-je dépeindre le bonheur que j’ai éprouvé en apprenant, il y a peu de mois, qu’enfin cet excellent jeune homme a retrouvé la vérité à sa source unique. Oui, je l’ai vu à la communion pascale, dans l’église de Notre-Dame; je l’ai vu s’approcher de la sainte table, et c’est avec des larmes de repentir et de reconnaissance que je vous en ai remercié et béni. Bien souvent, vous le savez, j’avais prié pour lui; mais depuis plusieurs années nous étions séparés, et j’ignorais même le lieu de sa demeure, lorsque vous permîtes que je le rencontrasse au pied de votre autel.

Le système philosophique de notre professeur était un vrai chaos, où les idées de Vico, de Condillac, de Voltaire, de Herder, de Volney et de Tracy étaient rassemblées. 11 nous paraissait sublime ; nous ne nous déclarions pas matérialistes, mais dans le fait nous n’admettions que la matière. Croyant à une loi de nécessité, nous étions réellement fatalistes. Si nous avions été conséquents, nous serions arrivés à la négation de votre existence; mais nous n’osions pas. Ce système, qui pendant plus de dix ans a été ma seule croyance philosophique, était la loi du progrès universel et continu régissant l’humanité, dont j’ignorais du reste complètement elle principe et le but. Quanta l’individu, je n’y pensais même pas. D’où venons-

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