CHAPITRE PREMIER
dans la voie de la sanctification, vers laquelle vous me poussiez et m’attiriez à la fois... Et aujourd’hui que d’années perdues, que de sentiments engloutis à jamais et qui jamais ne reviendront ! » Mais non, tout n’est pas perdu, car je me lèverai et j’irai à mon père, et je le remercierai de ce qu’il donne l’espérance, de ce qu’il permet l’expiation. Oui, les écailles qui couvraient mes yeux sont tombées; et aujourd’hui, nageant dans un océan de lumière, j’admire l’action de votre providence sur tout le cours de ma vie, et la grâce que vous me faites de découvrir cette action qui m’a été si longtemps cachée. Voilà, Seigneur, ce que je me répète tous les jours, et tous les jours je me sens plus heureux, car vous m’avez retiré du bourbier infect où je m’étais volontairement plongé. Aujourd’hui, je ne crois plus au hasard, et dans chaque événement de ma vie je retrouve l’action de votre providence, caressante ou sévère, mais toujours bienveillante. Oh! que chacune de mes actions soit désormais une action de grâces ; que toute ma vie ne soit qu’un soupir de reconnaissance, un cantique, un encens qui s’élève vers vous, mon Seigneur et mon Dieu !
ÉGAREMENT
Qu’étais-je avant de vous connaître, ô mon bien suprême! et comment s’écoulait ma vie? Hélas! j’avançais vers la mort, sans y réfléchir, sans y penser; un feu dévorant brûlait en moi et pourtant j’avançais avec torpeur; ce feu était secret, je ne m’en rendais pas compte ; c’était le besoin du bonheur. Comme tout être qui respire, je voulais être heureux ; comme toute intelligence créée à votre image, je me trouvais à l’étroit dans les jouissances qui m’étaient accordées; oui, je voulais un bonheur plus grand, j’avais besoin de quelque chose de meilleur, le désir de la perfection m’entraînait à mon insu, mais alors je ne pouvais me l’expliquer, car j’ignorais et mon principe et ma fin, je vivais au hasard, sans but, sans savoir pourquoi, et ne cherchant à satisfaire que les exigences capricieusement inspirées à ma nature impressionnable par les événements de la vie.
Je ne croyais pas en vous, ô mon Dieu! ou, du moins, si j’y croyais, c’étaitsanslesavoir elsansm’en rendre compte , c’élaiten raisonnant, en me laissant aller avec orgueil à la sottise et aux petitesses d’une