CHAPITRE H
pauvre femme me navrait le cœur, et un jour, dans mon désir de la soulager, je compris subitement, par instinct, par l’amour que j’avais pour elle, des choses que mon esprit avait toujours été incapable de saisir ; je compris cette éternelle vérité, que pour l’âme souffrante il n’y a de consolation que dans le christianisme. Oui, en dépit de ma raison viciée, je compris que le bonheur ne peut être que là, et moi, irréligieux et sceptique, je fus tellement frappé de la nécessité de la foi, que pour calmer la douleur de cette âme malade, je devins croyant en apparence, et m’efforçai, dans de longs entretiens, de lui prouver des vérités auxquelles je ne croyais pas. Je lui parlais avec chaleur de l’immortalité de l’âme, de la nécessité de cette immortalité, et du bonheur qu’elle aurait un jour d’être unie à son père dans votre sein éternel. Oh! que l’impiété est mauvaise, absurde et orgueilleuse; mauvaise, car je cherchais à faire croire ce je nommais un mensonge; absurde, car j’étais vaincu par moi-même et je ne le voyais pas; orgueilleuse enfin, car moi, stupide et faible, je me mettais, tout en me croyant sage, au rang de ceux que je nommais les faibles d’esprit. Certes, si alors j’avais été conséquent, j’aurais dû croire, puisque je comprenais la foi et que je savais en parler. Mais, hélas ! mon orgueil refusait de se plier sous son joug, et cherchant à me payer de mots, je répétais ce vieil adage de l’in-
ÉPREUVE
conséquente incrédulité : « La religion est bonne pour les femmes et les esprits faibles. » J’ignorais que rien n’était plus faible que mon pauvre esprit, et je me disais que tout ce que je racontais à ma femme était faux sans doute, mais que cela pouvait la consoler, que c’était là l’essentiel; comme si la consolation et le bonheur pouvaient être dans le mensonge ! Je ne sais si mes discours eurent l’effet que j’en attendais. Hélas ! j’en doute, car ce n’étaient que des mots. J’ignorais que pour persuader il faut plus que des mots, qu’il faut une parole, une parole vibrante, une parole divine, le Verbe.... Je ne pouvais donc pas la consoler, mais vous, Seigneur, vous lui fîtes du bien; vous seul, oui, vous sûtes venir au secours de cette belle âme. Et comment encore? Par un moyen qui ne semblait propre qu’à augmenter sa douleur : en lui envoyant nne douleur nouvelle, une douleur plus terrible. — Oh! qu’elle fut poignante! elle déchira ses entrailles de mère, elle brisa son cœur, et rompit le fil de sa vie matérielle. Mais, je le répète, elle lui fut bien salutaire, car elle la régénéra, la réveilla, ressuscita en quelque sorte son âme, et la dégageant de ses liens terrestres, l’emporta dans le e iel; c’est là mon espérance, c’est là ma consolation.
Trois semaines s’étaient écoulées depuis que nous avions appris la mort de mon beau-père