‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 45 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

lorsque mon fils qui terminait sa onzième année tomba dangereusement malade ; ce fut comme un coup de foudre ; une souffrance des plus aiguës lui vint à la jambe gauche : pendant deux jours il fut hors d’état de marcher. Le troisième jour un abcès se déclara, et peu de temps après on dut l’ouvrir. Ce fut une cruelle opération, durant laquelle, penché sur mon enfant, je cherchais à lui cacher et l’instrument et le sang qui coulait en abondance. Sa mère, vous le savez, mon Dieu, s’était retirée dans sa chambre, et à genoux, prosternée devant le crucifix, elle vous suppliait de faire cesser les souffrances de son fils, dont les cris lui déchiraient le cœur. Le cœur d’une mère chrétienne... que d’héroïsme il renferme! A peine l’opération terminée, j’allai près d’elle, je la trouvai seule et évanouie, mais noii ! elle n’était pas seule, vous étiez avec elle, ô mon Dieu ! Ce ne fut pourtant pas dans ce moment que vous lui inspirâtes la pensée, le désir, la force du dévoûment sublime qui sauva la vie de son fils, qui la sauva elle-même du désespoir et qui fut, hélas ! au prix de sa vie, le moyen dont vous vous servîtes pour m’ouvrir enfin les yeux. Non, ce ne fut pas dans ce moment, elle devait encore souffrir quelque temps, sans la consolation du sacrifice. Malgré cette opération, la maladie de mon fils s’aggrava; les plaies s’ulcérèrent; ses souffrances étaient inouïes; sa mai-

ÉPREUVE

greur était effrayante ; ses cris et ses gémissements 0 ne cessaient plus; et de jour en jour, les accidents devenaient plus terribles. Sa mère et moi, nous étions comme étourdis, comme frappés de la foudre ; nous passions nos journées sans nourriture,

et nos nuits sans sommeil c’était un long orage.

Enfin, vers le 20 avril, on me déclara qu’il n’y avait qu’un moyen de salut... l’amputation de la jambe; et le 26 du même mois (il avait précisément ce jour-là douze ans accomplis), on me dit que ce n’était plus pour sa jambe, mais pour sa vie qu’il fallait trembler... Et cela, après six semaines de torture pour l’enfant et pour nous. — Oh ! il est des instants, des situations et des sensations que l’on ne doit pas essayer de décrire. Vous, Seigneur, vous qui savez tout, vous savez ce que je souffris alors. Eh bien !... vous savez aussi (et pourtant je suis épouvanté de cet aveu), vous savez que la pensée de m’adresser à vous ne me vint pas à l’esprit; ou, si je songeai un instant à la prière, cette idée ne fit que traverser mon cerveau, et je ne l’accomplis pas J’étais bien découragé, bien abattu;

je n’avais plus aucun espoir de sauver mon enfant... En vain je cherchais à cacher à ma femme la triste vérité, elle devinait mon intention; et tout en tremblant d’apprendre mon secret, elle cherchait à le découvrir. Je ne puis penser à cette pauvre mère; elle était près de moi, comme l’image de la dou-

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