CHAPITRE
maigreur. Jamais, me dit-il, il n’avait vu dans sa longue carrière un être réduit à cet état de squelettisme, puis il désapprouva le traitement, et finit par me promettre de rendre mon fils à la santé, et cela sans employer de remèdes. « Votre enfant est affaibli, me dit-il, c’est de la nourriture- qu’il lui faut. » Nous ne pouvions le croire. C’était trop de bonheur; mais il parlait avec tant d’assurance que nous suivîmes ses conseils contrairement à l’avis de nos autres médecins; et (qui l’aurait pensé?) peu de jours après, sans qu’aucun remède eût été employé, une amélioration notable se manifesta dans l’état de notre cher malade. Bientôt les progrès devinrent, de jour en jour, plus visibles; six semaines après, il fut de force à supporter un voyage ; nous le menâmes aux bains de mer. Vers le milieu du mois d’août, il commença à marcher; il était guéri... Sa mère l’avait sauvé, elle l’avait racheté, elle lui avait donné la vie une seconde fois.
Oui, elle l’avait racheté, mais dans quel triste état elle fut dès lors elle-même!... Seigneur! le sacrifice de sa vie avait été accepté. Pauvre, mais heureuse victime! son corps délicat n’avait pu résister aux secousses de ce violent orage. Bientôt elle eut dans la région de l’estomac une douleur que jamais n’a pu définir ni même comprendre aucun des nombreux docteurs que nous consultâmes, en France, en Allemagne et en Italie. Cette douleur, qu’on
ÉPREUVE
nommait nerveuse, attaquait le principe de la vie, car elle l’empêchait de prendre aucune nourriture. Souffrant horriblement, la victime maigrissait et
changeait d’une manière effrayante et avec
quelle patience elle endurait ses maux ! Quelquefois, elle restait jusqu’à deux jours de suite sans rien prendre ; souvent elle avait des défaillances; on lui versait alors dans la bouche quelques cuillerées de bouillon, et elle revenait à la vie, mais pour recommencer à souffrir. Cet état dura près de quatre ans. Parfois, elle éprouvait de cruelles agitations; on voyait qu’il se passait en elle un rude combat, et son âme était aussi tourmentée que son corps; mais elle en parlait peu ; son courage et sa résignation étaient héroïques, et plusieurs des médecins qui l’ont soignée, m’ont dit avec admiration, et quelques-uns les larmes aux yeux, n’avoir jamais vu un calme égal au sien dans d’aussi longues, d’aussi tenaces et d’aussi horribles douleurs. Souvent, bien souvent elle pleurait; mais, dans le fond du coeur, elle était heureuse, son fils était guéri ! Et moi que faisais-je alors? Hélas! mon temps n’était pas venu et il me fallait pour ouvrir les yeux la fin du drame qui se passait devant moi. Oui , j’étais toujours
aveugle, toujours sans prière et sans foi Ab ! je
vois bien à présent que l’homme peut mettre une barrière entre son âme et vous qui êtes la lumière. Il existe dans le mal un venin qui rend aveugle