‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 58 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Elle dépérissait visiblement; mais à mesure que son enveloppe mortelle s’affaiblissait, son âme devenait plus forte et plus belle. Qu’il est sublime. Seigneur, le travail de la grâce sur l’âme qui s’est donnée à vous! Vous vouliez, sans doute, qu’avant de quitter la terre cette femme bénie eût le temps de se purifier et qu’elle ressentît en elle-même les admirables effets de son dévoûment. O la merveilleuse conduite de votre providence ! Vous aviez accepté son sacrifice, il s’accomplissait; mais vous vouliez qu’elle en fût récompensée même sur la terre. Ce sacrifice devait, pour ainsi dire, entrer dans son existence, s’identifier avec sa vie, et y produire des fruits délicieux : la résignation, la patience, la douceur et la force chrétienne. Oui, elle devait se purifier assez pour être en état de voir la vérité ici-bas, assez pour la voir un jour complètement dans le ciel. Ah! vous l’avez dit: « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu. »

Vous avez dit encore : « Celui qui a déjà été lavé n’a plus besoin que de se laver les pieds, et il est pur dans tout le reste. » Comme chrétienne, elle avait été lavée par les eaux du baptême, et plus d’une fois par votre précieux sang; en outre, elle l’avait été par la souffrance et par le sacrifice volontaire de sa vie et de son bonheur terrestre. Et si les événements, si la mort ne lui ont pas permis de

ÉPREUVE

réaliser le désir qu’elle avait de faire partie de votre Église, si cette mort trop rapide ne lui en a pas donné le temps. Seigneur, vous savez qu’elle appartenait à l’âme de l’Église, qu’elle était catholique par l’esprit. Certes, le désir ardent qu’elle avait d’abjurer les erreurs du schisme et de les voir abjurer par tous ceux qu’elle aimait, lui aura fait trouver grâce devant vous; je l’espère, je puis l’espérer, car je sais que vous êtes miséricordieux et que vous ne voulez pas la mort, de votre créature. Quant aux taches qui lui restaient à laver, ô mon

Dieu! vous lui aurez pardonné sans doute car

elle a tant prié, on a tant prié pour elle, et puis, je le répète, elle a tant souffert : la souffrance acceptée, la souffrance demandée, n’est-elle pas la prière en action? Enfin, mon Dieu, je le dis avec bonheur, elle avait le cœur pur, elle était simple, vraie et pleine de bonne foi. Pendant les trente-six ans qu’elle a passés sur la terre, aucune mauvaise pensée n’a souillé son imagination en s’y arrêtant, jamais un mensonge n’a souillé ses lèvres. Oh ! il faut avoir été doué d’une grâce particulière et avoir atteint un haut degré de vertu, pour concevoir et réaliser l’idée du sacrifice, comme elle l’a conçue et réalisée. En la voyant, on devinait qu’au fond de son âme était un mystère, et son âme se réfléchissait sur toute sa personne. Dans les dernières années de sa vie, son seul aspect arrachait

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