CHAPITRE II
lant et moral, car il répond aux besoins du coeur et stimule pour le bien ; enfin , il est vrai , car l’Église l’enseigne, car il est prouvé par la tradition et par le saint Évangile.
Il est logique, car s’il est vrai que nous sommes créés pour le bonheur éternel, et si le bonheur éternel n’est autre chose que l’union avec vous , c’està-dire l’union avec la perfection, la jouissance de votre perfection et la participation à votre perfection , il est clair que, pour arriver à ce but , il faut être d’une pureté que bien peu d’hommes ont pu atteindre ici-bas ; il est clair qu’il faut être saint , et que la moindre tache doit ternir cet état de sainteté qui est la condition sans laquelle on ne peut jouir de vous, ô mon Dieu! Et ici, il n’y a ni caprice ni tyrannie ; cela est juste et conséquent , il est même impossible qu’il en soit autrement. En effet, divin Jésus, ne nous est-il pas ordonné de vous prendre pour modèle , vous qui êtes la perfection? Les chrétiens ne sont-ils pas les membres de votre corps? Vous-même n’avez-vous pas dit : « Soyez parfaits comme votre Père au ciel est parfait? » Cette idée de perfection est écrasante, et pourtant le simple bon sens comprend qu’il faut être parfait pour posséder la perfection; infini, pour en jouir, ce qui est la même chose. Il comprend que le moindre mal dans une âme empêche nécessairement son union avec vous, mon Dieu. Mais bien peu d’hom-
ÉPREUVE
mes arrivent à la sainteté pendant leur vie terrestre, bien peu sont assez purs pour aller directement au ciel, de sorte que, si on n’admet pas le lieu de purification, on se trouve forcé de croire que les hommes coupables d’un seul péché véniel souffriront pendant l’éternité d’affreux remords et de cruels tourments. Cela renverserait toute idée d’amour, de justice et de miséricorde. Les protestants ont si bien senti cette inconséquence, que, ne voulant pourtant pas reconnaître humblement leur erreur en admettant le purgatoire, qu’ils avaient une fois rejeté, ils en sont venus aux sentiments les plus étranges : les uns, ceux qui sont de bonne foi (et j’en connais), voulant rester chrétiens, sont obligés de dire : « Eh ! qu’importe que nous mourions la conscience chargée de quelques fautes? Les mérites de Notre-Seigneur suffisent, et au delà, pour les effacer et nous sauver. » D’après ce raisonnement , l’âme coupable se trouverait tout à coup innocente par cela seul qu’elle serait séparée du corps, et sans qu’elle eût songé à se repentir, sans qu’elle eût expié , sans qu’elle eût payé sa dette ? D’après ce raisonnement, pourquoi l’homme se priverait-il du péché mortel ? Les mérites infinis de Notre-Seigneur sont certes assez grands pour tout effacer. Hélas! l’abus de cette vérité a mené les protestants si loin, qu’au synode de Dordrecht, entre autres, ils en sont venus, de conséquence en con-