CHAPITRE II
séquence, jusqu’à poser des principes qui autorisent le mal. Au reste, toutes les erreurs se tiennent par la main ; une fois hors delà vérité, on tombe dans l’absurde, et on peut dire, avec raison, que les protestants vertueux qui s’appliquent à vaincre leurs mauvaises passions, tout en niant le mérite des œuvres , sont bien meilleurs que leur religion , et qu’ils ne sont vertueux que par une heureuse inconséquence. Un vrai protestant devrait être fataliste.
Quant au dogme de l’expiation, qui les scandalise si fort, il est pourtant bien naturel, il est fondé sur la tradition de tous les peuples, et le sens commun suffirait seul pour le comprendre, si la foi ne nous ordonnait de l’admettre. En effet, le bien, l’ordre devrait être l’état normal de ce monde, qui est sorti de cet état par le péché, par le mal. Le désordre y règne ; mais votre action incessante travaille à rétablir l’ordre sur la terre. Le bien qui s’y fait par les hommes vertueux, par vos élus qui, tout en agissant conformément à votre volonté, sont néanmoins vos coopérateurs libres (ce qui est absolument nécessaire pour l’harmonie générale), ce bien, dis-je, tend à l’avénement de votre règne dans ce monde, tandis que le mal qui s’y commet, et qui amène le désordre, tend, au contraire, à l’avénement du règne du mal, du démon. Quand votre règne arrivera-t-il ici-bas? Seigneur, c’est un des mystè-
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ÉPREUVE
res de votre providence. Mais ce qui se passe dans l'humanité en général a lieu aussi dans chaque individu ; en lui la tache originelle a été lavée par les eaux du baptême, et il se trouve dans un état de grâce et d’innocence où il dépend de lui de rester. C’est là son état normal, son ordre intérieur; s’il y reste, il est sauvé, il est saint, et le sang de Jésus- Christ n’a pas coulé en vain pour lui; mais s’il pèche, évidemment son ordre intérieur est troublé, il n’est plus en harmonie avec lui-même, il y a désaccord dans tout son être. Or, pour rentrer dans l’ordre, il faut qu’il répare le mal que sa faute a produit, et pour cela il n’a d’autre moyen que le repentir qui, d’une part, efface le dommage intérieur qu’il a fait à son âme, et, d’autre part, amène médiatement la réparation du dommage extérieur que son péché a dû produire. 11 est vrai que, pour avoir été pleurée, la faute n’en a pas moins existé; mais d’abord le repentir et puis la réparation, en un mot, la pénitence détruit le double effet de la faute, l’ordre n’est plus troublé, et c’est là l’essentiel- On ne peut pas faire qu’un crime commis ne l’ait été, mais on peut, en faisant naître le repentir dans l’âme coupable, et en réparant le dommage par la punition, rétablir l’ordre momentanément troublé. La conduite de votre providence à notre égard nous prouve que toute faute entraîne nécessairement un châtiment et oblige à une réparation ; mais il est