CHAPITRE II
clair que l’ordre n’est que mieux rétabli quand lecoupable, touché delà grâce, s’inflige de lui-même l’inévitable punition. Pour que l’homme soit eu état de profiter des avantages qui sont la conséquence, la récompense de la vertu, il faut donc qu’il soit vertueux, c’est-à-dire qu’il soit dans le bien ; or, il y a deux manières d’y être : ou par l’absence du péché, ou par le repentir et la réparation. S’il fait le mal, s’il y persiste, il se condamne volontairement et sciemment à ce qui est la conséquence inévitable du mal, à l’enfer. Si, au contraire, il se repent, s’il souffre, s’il pleure, en un mot, s’il est puni et qu’il accepte sa punition, il est clair qu’il répare, qu’il expie, qu’il paye et qu’il rentre dans le bien. Et ceci est encore, ô Dieu clément ! un effet de votre miséricorde, qui veut bien accepter la réparation de nos offenses, et admettre que le repentir soit comme un second baptême qui lave et purifie. On le voit, le sens commun suffit pour faire comprendre qu’il faut, avant d’être en état de participer à la perfection du paradis, avoir réparé le mal et avoir été purifié. Or, toute réparation, toute purification exige un sacrifice et amène une souffrance. .
Voilà, Seigneur, ce que j’avais à dire aux protestants qui veulent rester chrétiens, tout en soutenant que l’âme chargée d’un péché véniel peut aller en paradis sans avoir expié. Mais il en est d’autres
ÉPREUVE
qui, se refusant à croire à des peines éternelles, ont déclaré de leur propre autorité qu’il n’y a plus d’enfer, et, comme dit le comte de Maistre, après s’être brouillés avec l’Église pour nier le purgatoire, les protestants finissent par ne plus admettre que le purgatoire, c’est-à-dire une punition temporelle et une purification de tout péché. Mais ceci est contraire à la raison, à la morale et à l’Évangile, et cette négation de l’enfer ne mériterait pas une attention sérieuse si elle n’était pas une preuve de plus à l’appui de la vérité du dogme du purgatoire, dogme que le simple raisonnement prouve d’une manière triomphante.
Mais j’ai dit aussi que ce dogme est moral et consolant, et rien n’est plus vrai. Quoi de plus terrible, en effet, que de se dire que l’enfer est presque inévitable? Celte conviction que l’homme est infailliblement damné si, au moment de sa mort, il n’est pas assez pur pour le paradis, est non-seulement désespérante en soi, mais encore profondément immorale par le désespoir qu’elle doit faire naître dans toute âme qui cherche le bien et le bonheur. Certes, rien n’est plus rare que la sainteté, et combien d’hommes sont assez purs pour se réveiller au moment de la mort dans votre sein paternel, ô mon Dieu? Un très-petit nombre sans doute; mais avec la conviction de celte vérité, quand on a le malheur de nier le purgatoire, ne doit-on pas se