CHAPITRE II
dire, en pensant aux inévitables péchés véniels dont on charge à chaque instant sa conscience, ne doil-on pas s’écrier avec désespoir : Non, non, c’est impossible, pour moi il n’y a pas de salut? Or, l’espérance est une vertu et le désespoir un péché, et un péché d’autant plus dangereux qu’il ouvre la porte à tous les autres péchés. Le désespoir, c’est la négation de Dieu, puisqu’il est la négation de son amour. Oui, on se dit que l’on est perdu; mais comme, malgré le sophisme dont on est victime, on se refuse à croire que l’on sera damné pour des fautes légères, on tombe nécessairement dans une espèce de doute ou d’indifférence, dans une apathie coupable, dans ce triste milieu enfin où demeurent un grand nombre de nos bien-aimés frères grecs et protestants, qui ne peuvent vous aimer réellement, car ils s’aiment trop eux-mêmes.
Non, chez eux il n’y a point de pur amour; les catholiques seuls peuvent vous aimer, la vérité seule peut engendrer la sainteté; l’histoire de l’Église est là pour le prouver. Nos frères séparés veulent bien acquérir la vertu, mais sans efforts. Or, pour arriver au ciel, il faut employer une sainte violence; et quelle violence pourrait employer l’immobilité ou le fatalisme? Tandis que, parmi nous, ceux qui cherchent à mériter le ciel sont sans cesse encouragés par l’espérance de l’expiation, et si parfois un catholique se livre volontairement au
ÉPREUVE
désespoir, c’est parce qu’il n’est plus catholique que de nom, c’est parce qu’il ne croit plus à nos dogmes. Nous péchons sans doute, je le sais, mais nous avons le sacrement de pénitence pour nous relever, le purgatoire pour compléter notre expiation.
Ai-je besoin, Seigneur, après tout ce que je viens de dire, de prouver que le dogme du purgatoire est consolant ? Ah ! lorsqu’on a perdu un être chéri (et qui n’en a pas perdu?) il est doux de penser que, si son âme n’était pas assez pure pour s’unir à vous dès l’instant de sa mort, elle habite un lieu d’où elle se prépare, en montant de clartés en clartés, à s’élancer enfin dans votre sein, foyer de lumière ; il est doux de penser que nous pouvons prier pour elle et tendre une main secourable à celte âme qui, parvenue un jour aux célestes régions, nous offrira, à son tour, un appui pour monter vers elle. Je ne conçois pas la douleur sans cette douce croyance , e t cela, mon Dieu, m’est une preuve certaine de la vérité de votre Église. Oh ! vous tous qui ne croyez pas au purgatoire, ô mes frères chéris ! que la pensée de la mort est vide pour vous, c’est un abîme sans fond; à la mort, tous vos liens sont brisés, et à Moins d’avoir la certitude du salut de ceux que vous pleurez, vous restez seuls sur la terre, et vous ne pouvez vous unir aux objets de votre amour.
Le dogme du purgatoire est donc logique et consolanl; mais est-il vrai? Oui, sans doute, puisque