CHAPITRE II
en leur pouvoir, et ont quitté la terre sans avoir l’âme chargée d’un péché mortel, ceux-là, ô mon Dieu ! restés de bonne foi dans l’erreur invincible, méritent-ils un châtiment? Non, sans doute; l’Église nous défend de le croire, et, malgré tout ce que disent nos frères séparés, nous croyons que ces âmes privilégiées qui ont désiré, qui ont cherché peut-être la vraie foi, mais que vous avez enlevées de la terre avant qu’elles eussent pu la connaître, nous croyons qu’elles sont sauvées, et que, dans le lieu d’expiation, elles connaîtront cette vérité indispensable à l’union avec vous, qui êtes la perfection. L’erreur est un mal, et elle engendre le péché qui, à son tour, engendre l’erreur. Ces deux maladies de l’humanité influent inévitablement l’une sur l’autre. Aussi, les âmes les plus belles ne peuventelles/en dehors de la vérité, atteindre aux hauteurs d’une âme catholique, à la sainteté. Vous avez pitié d’elles sans doute, car vous l’avez dit, Seigneur:
« Le serviteur qui aura su la volonté de son maître, et qui, néanmoins, ne se sera pas tenu prêt et n’aura pas exécuté ses ordres, sera battu rudement.
— Mais celui qui n’aura pas su sa volonté, et qui aura fait des choses dignes de châtiment, sera moins battu; car on exigera beaucoup de celui à qui on aura beaucoup donné. » (S. Luc, xn, 47, 48.)
Et à qui avez-vous le plus donné, mon Dieu, qu’à
ÉPREUVE
ceux qui ont la faveur insigne de naître catholiques ou de le devenir? Nous méritons de souffrir beaucoup lorsque nous transgressons, car nous sommes comblés de grâces et entourés de moyens de salut; mais ceux qui, en dehors de la vérité, n’ont pu connaître votre volonté, seront moins rudement punis; et si leur âme était pure, si leur volonté était droite, oh! ils sont catholiques, ils appartiennent à l’âme de l’Église; oui, je l’espère, je le crois avec bonheur; l’Église m’enseigne cette douce croyance.
O mon divin Maître ! ô mon bien suprême, ma consolation et mon bonheur! souvent je me demande comment je puis me permettre de vous entretenir ainsi de moi et de mes pensées, et, quelquefois, dans ma faiblesse, je suis tenté de vous faire des excuses comme à un des grands de la terre. C’est que j'oublie alors ce que vous êtes et ce que je suis ; j’oublie que plus la distance qui nous sépare est grande, plus vous me voulez près de vous, et plus je dois faire d’efforts pour arriver à vous. Mon Dieu, je ne puis mesurer votre amour, il est au-dessus de ma conception ; je ne puis vous dire non plus que je vous aime, car parfois il me semble que je ne vous aime pas, et pourtant vous voyez mon cœur, vous voyez qu’il est à vous. Mais ce n’est que par l’humilité que l’homme peut entrevoir le mystère de votre amour et le secret de