‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 7 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

encore, mais existant néanmoins déjà ; comparez cette vie d’incertitude et de trouble au bonheur si pur d’une âme vertueuse; à cette sérénité si grande que vous ne pouvez même plus y croire; à cette sécurité de l’avenir, à cette foi si ferme, à l’espérance, à la charité, qui remplissent le cœur d’une jouissance infinie ; comparez et demandez-vous, en vous examinant vous-mêmes, si mon tableau est chargé.

Lorsque l’âme, se dégageant un instant par la pensée de ses liens terrestres, s’élève au-dessus du monde physique, comme tout s’éclaircit à sesyeux! elle voit, elle sent, elle sait que vous êtes amour; •elle sait que l’amour ne peut vouloir que le bonheur des créatures et que le bonheur ne gît que dans le repos de la conscience, c’est-à-dire dans le bien ; mais le bien, n’est-ce pas vous, ô mon Dieu! Oui, vous êtes le bien suprême, vous êtes la vérité, l’amour et le bonheur. Ces trois choses n’en font qu’une; car tout ce qui est bien se trouve dans votre admirable unité, comme dans sa source. Oh ! comme alors le christianisme apparaît sublime à l’âme! Elle sent que l’homme estlui-même la cause

ÉGAREMENT

de son infortune, l’auteur de sa punition. L’homme est né pour être heureux, c’est-à-dire pour vous aimer de tout son cœur; mais lorsqu’au lieu de suivre cette loi de sa nature, il s’aime lui-même, il est évident qu’il se prive de la seule félicité possible, de cette félicité pour laquelle vous l’aviez créé. Et si, alors, dans l’ineptie de son orgueil, il blasphème et vous accuse de ses maux, Seigneur, pardonnez-lui, car il ne sait ce qu’il dit; il ignore, hélas! qu’il est lui-même son bourreau; il ignore que s’aimer soi-même, c’est l’enfer; que vous aimer, c’est le paradis ; que vous aimer, c’est pratiquer la vertu, être doux, humble, chaste, charitable, et que s’aimer soi-même, c’est se livrer à l’orgueil et à la volupté.

Pour moi, né avec une nature sensible, portée même à l’enthousiasme, j’aurais pu avec plusdefacililédirigermes sentiments versvous seul. Seigneur; mais comme bien des jeunes gens, hélas! je devins, de bonne heure, tout épris de moi-même, et, dans ma vanité, je me fis de ma propre personne une idole que je parais de mille vertus imaginaires. Je voulais être heureux, je sentais le besoin du bonheur; mais je m’étais trompé de route, et, courant sans relâche après le rêve de ma vie, je ne m’apercevais pas que j’immolais précisément cette félicité que je désirais avec tant d’ardeur; je ne savais pas que celui qui vous aime acquiertle bonheur

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