‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 70 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

car plus vous êtes grand, plus je comprends que vous vous abaissez jusqu’à votre pauvre et chétive créature. Mon Dieu, votre action estimmense, votre amour est infini, et le désir que vous avez de voir le pécheur converti et heureux est aussi infini que l’amour que vous avez pour lui. Puis-je, après cela, craindre de paraître orgueilleux en disant que je suis aimé de vous P Non, et quoique j’ignore pourquoi, dans la distribution de vos grâces, à l’un vous donnez dix talents, à l’autre cinq, à l’autre un seul, je sais pourtant que votre volonté est adorable et que votre amour est juste. Cet amour, il n’est pas comme l’amour humain, il n’a pas de caprices. Vous ne pouvez pas ne pas aimer ; bien plus, étant infini, vous ne pouvez aimer que d’un amour infini. Si donc vous m’aimez d’un sentiment infini, est-ce téméraire à moi de proclamer que je suis, en quelque sorte, le but de votre amour? Non, certainement, moi et tout homme, et tout pécheur, chacun est le but de votre amour, l’objet de vos soins, la fin de votre action ; oui, le pécheur, car plus vous détestez le péché, plus vous voulez la conversion, le bien du pécheur. Comment donc ne me donnerais-je pas tout entier à vous qui vous donnez à moi ? Car, de même que chacun de nous, en recevant votre divin corps, le reçoit tout entier, de même quand vous donnez votre amour, c’est un amour infini que vous versez sur nous : cet amour.

ÉPREUVE. U

qui absorbe sans anéantir, qui nourrit toujours sans jamais rassasier.

Pendant les seize années que j’ai été marié, je n’ai été séparé de ma femme que deux fois; d’abord durant dix jours, au commencement de notre mariage, et puis, pendant six semaines, deux années avant sa mort. J'ai donc fort peu de lettres d’elle ; je les conserve comme un trésor, et quand je les relis, des pensées salutaires naissent dans mon cœur. J’y trouve, entre autres, les phrases suivantes : « Je désire ton bonheur aux dépens du mien. « Dieu connaît le fond démon cœur; il voit com- « bien je t’aime, et ton cœur sentira un jour tout ce « que je désire faire pour toi, pour ton bonheur. — « Je n’ai plus d’autre désir au monde; crois en moi, « — tu le peux. » Elle pensait, sans doute, à me ramener vers vous, mon Dieu, et peut-être vous demandait-elle de me faire participer aux fruits de

son sacrifice. « Combien nous serons heureux,

« une fois réunis ! nous commencerons une exis- « tence nouvelle, toute en Dieu. Prions et espél < rons ; toute ma vie te sera consacrée. Dieu ne « nous abandonnera pas... Il me soutiendra, j’es- * père, et acceptera mon sacrifice, en rendant la « santé à mon fils. »

En parlant de sa fille, elle m’écrivait : « J’espère « qu’elle n’aura pas besoin d’avoir dans la vie au- « tant de courage moral que moi. »

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