CHAPITRE II
ignorent quel est cet objet qui leur manque, elles ignorent que ce vide ne peut être rempli que par la jouissance que donne la certitude d’être dans la vraie Église. C’est un besoin, c’est une faim spirituelle qui, non satisfaite, produit en elles de cruels tourments. Si vous leur accordez la grâce de vous montrer à elles, de vous donner à elles, sainte vérité ; si elles acceptent les sacrifices que vous leur demandez, elles sont heureuses; sinon, elles tombent dans le mal, ou bien elles languissent et végètent comme de pauvres plantes privées du soleil de leur patrie. — Dans la créature d’élite dont je parle, un observateur chrétien aurait deviné ce besoin de vérité, que longtemps elle ignora ellemême. Les médecins attribuaient à des souffrances de nerfs cette inquiétude maladive qui se manifestait en elle, cette désharmonie intérieure et ces larmes fréquentes et subites qui, parfois, me tourmentaient et dont jamais je n’aurais pu découvrir la cause. — Oh ! si, quelques années avant sa mort, elle avait eu le bonheur de se faire catholique !... Mais non, je ne dois pas me plaindre, car elle vous a vue, divine vérité. Ce fut une bien douce récompense de sa vertu ; et cette récompense, vous seule la lui avez accordée, car jamais personne ne l’avait engagée à faire partie de l’Église, aussi ne puis-je jamais, sans penser à elle, lire ces consolantes paroles : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car
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ils verront Dieu. » Dès qu’elle eut découvert votre vérité, elle ne transigea pas un instant avec sa conscience, et elle prit la résolution de quitter l’Église grecque, sans songer un instant aux sacrifices de tout genre qui l'attendaient. — Une chose lui en fit différer l’exécution, ce fut l’espoir de me voir entrer, en même temps qu’elle, dans la sainte unité. Avecquelle tendresse elle médisait: «N’est- « ce pas, mon ami, tu deviendras aussi catholique? « promets-le-moi. » Elle était donc résolue, et vous savez. Seigneur, ce qui l’a encore empêchée d’effectuer ce généreux désir : d’abord mes mauvais conseils, je l’engageais à différer; ensuite, sa fin si imprévue pour elle; oui, si imprévue; car bien qu’elle s’y préparât depuis longtemps, elle était loin de l’attendre si tôt; je dirai même, que plus elle s’en approchait, moins elle y croyait. Accoutumée, résignée, elle ne voyait pas la mort s’avancer; moimême, je n’y croyais pas.
Qu’il est malheureux de regarder comme un mal les tristes événements de la vie; et qu’ils sont à plaindre ceux qui, toujours occupés de soins maté-