CHAPITRE II
riels, ont les yeux constamment fixés vers la terre ! Qu’ils sont à plaindre dans leur manque de résignation, et qu’ils seraient coupables, s’ils savaient ce qu’ils font ! Heureusement pour eux, ils ignorent que leur manque de foi est comme une négation de votre providence; car, dès que l’on vous admet, il faut bien croire que tout ce que vous ordonnez ou permettez, arrive pour le bonheur de votre créature, si elle veut en profiter; et non-seulement pour son bonheur final dans l’éternité, mais encore pour son bonheur temporel, car vous nous avez tant aimés, et vous avez ordonné les choses avec tant de sagesse, que c’est par la félicité terrestre que nous devons arriver à la félicité éternelle. Oui, vous voulez que, vivant par l’âme, nous ayons ici-bas un avant-goût de ce paradis pour lequel nous sommes créés. — Oh ! je le répète, ils sont à plaindre ceux qui regardent les malheurs comme un mal; les malheurs sont les échelons les plus solides pour aller au ciel. Je le sens et je le vois, c’est votre amour qui châtie, divin Père, dont la sévérité n’est que tendresse; divin médecin, dont les opérations les plus douloureuses sont toujours les plus bienfaisantes. Je vous bénis au milieu de mes larmes, et je vous demande assez de force pour pouvoir vous bénir encore dans les plus cruelles souffrances, si votre bonté daigne me les envoyer. Oh ! qu’il est bienfaisant le (lambeau de la foi ;
ÉPREUVE
comme à sa clarté tout s’illumine, s’explique et se comprend ! Seigneur, en me donnant la foi, vous m’avez donné un trésor. Puissent mes actions vous prouver combien je vous aime !
Que les sages du monde rient et se moquent de moi, je ne cesserai de dire : « Heureux les pauvres d’esprit ! » et de répéter avec saint Ambroise : « O « homme, si tu t’abaisses jusqu’à la terre, le Roi « du ciel s’abaissera vers toi ; si, au contraire, tu t’é- « lèves pour chercher à le comprendre, il s’élèvera « encore plus haut, et tu ne pourras ni le trouver « ni l’atteindre. » — Oui, pour être élevé il faut s’abaisser. Vous-même, ô mon doux Jésus! nous l’avez enseigné.
Malheureux incrédules qui voyez tout et ne comprenez rien, hélas ! vous n’êtes pas à la hauteur de ces sublimes pensées. Oui, il faut s’humilier; car, pour voir, pour savoir, pour comprendre, il faut croire; or, pour croire, il faut dompter les révoltes de la raison, faire taire son amour-propre, lier son imagination et corriger sa chair; en un mot, il faut se dire : Je ne sais rien, je ne vaux rien, mais Dieu peut tout en moi. Ce n’est qu’en se dépouillant ainsi de tout mal, qu’on se rapproche de la vérité, et qu’on fait un pas vers la perfection, c’est-àdire vers vous, Seigneur; et par cela même, par cela seul, on est plus savant, plus sage et meilleur. O très- sainte perfection, vous êtes notre but, le