CHAPITRE IL
but de notre existence, qui n’aura atteint son état final et normal que lorsqu’elle se sera unie à vous par l’humilité.
Oui, ce que l’on nomme malheur est toujours un bien pour l’homme qui veut répondre, à votreappel, Seigneur. La philosophie païenne, comme celle du christianisme, n’a pu rien conseiller de meilleur, de plus avantageux et de plus nécessaire que la connaissance de soi. « Connais-toi toi-même, » est une sentence dont personne ne révoquera en doute le mérite. Les anciens, qui ont tant deviné de choses, savaient que cette connaissance de soi est le seul moyen d’arriver à la sagesse ; mais ils ignoraient pourquoi il en est ainsi ; le christianisme seul pouvait nous l’apprendre, en enseignant que c’est par la connaissance de soi-même qu’on arrive à vous connaître, vous, sagesse suprême! Saint Augustin, sainte Thérèse et d’aulres saints nous disent que c’est en nous- mêmes, que nous devons vous trouver ; et cela est vrai ; car, lorsque nous rentrons en nous-mêmes, — expression énergique, que ceux-là seuls peuvent comprendre qui ont fait l’expérience de cet état, — lorsque nous rentrons en nous-mêmes, nous concentrons dans l’intérieur de notre âme toutes les puissances de notre entendement; or, c’est dans cet intérieur de l’âme que vous habitez. Là, est le temple que vous avez choisi; malheur à l’homme qui ne sait vous y trouver! et
ÉPREUVE
qu’il est à plaindre quand il prend pour but de son activité autre chose que le centre de son âme, autre chose que vous. Seigneur ! C’est donc en concentrant ainsi toutes leurs facultés dans eux-mémes que Platon et d’autres philosophes sont parvenus, par la méditation, à découvrir quelque chose qui vous ressemble; mais le chrétien, c’est vous-même qu’il trouve en son cœur; toute l’existence des saints n’était qu’une longue étude d’eux-mêmes. Efforçons-nous de les imiter, en rentrant en nous par la méditation et la prière.
Et quels sont les moments les plus propres à cette grave et importante étude? Oh ! ce sont les tristes époques de la vie, quand l’inquiétude nous ronge le cœur, quand nous pleurons sur le lit d’un mourant, ou bien dans les instants douloureux etbénis qui suivent quelque grand malheur; surtout, si ce malheur nous frappe subitement et rudement; s’il bouleverse, s’il brise notre existence. Alors, dans son isolement, le pécheur est forcé de réfléchir ; et à moins qu’il ne résiste au besoin de sa nature morale, il s’enferme dans la solitude de son âme, et répondant à votre appel, il pense au mal qu’il a fait, au bien qu’il aurait pu faire ; il jette un triste regard autour de lui, il voit que tout ce qui l’avait charmé n’était que vanité et néant; il cherche alors, peutêtre, une ancre de salut dans cet océan de frivolités qu’on nomme le monde ; il demande un ombrage