‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 75 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

au désert de la vie ; oui, il demande à tout ce qui l’entoure, un appui, un soutien, quelque chose de solide enfin; mais aucune créature ne lui répond; car le monde n’a rien pour la douleur; ou si on lui répond, c’est pour le distraire de la pensée qu’il aime ; c’est pour lui parler d’or, d’ambition, de volupté ; en un mot, c’est pour lui offrir le mal dont il ne veut plus. Alors, l’heureux infortuné abandonne le monde extérieur ; il fuit les créatures, il leur dit adieu, et tournant les regards vers vous, il rentre en lui-même. Il entre dans ce temple, où d’abord il n’aperçoit rien, tout y est obscur; quelques statues brisées, qu’il reconnaît à peine, sont là sur un autel; mais il persévère, il avance, une voix secrète lui dit de marcher ; il va jusqu’au fond du temple, jusqu’au fond de son âme ; et là, c’estvous qu’il trouve enfin, Seigneur; vous, qui venez faire en lui votre demeure ; vous, divine lumière qui éclairez tout homme venant au monde ; vous, divin modèle d’après lequel vous vous êtes plu à nous créer. Oui, il vous trouve en lui, sagesse, amour, bonheur; vous lui ouvrez les bras, vous le pressez sur votre sein, et aussitôt, tout s’illumine dans le temple de son âme; les statues brisées se relèvent; il les a reconnues ; il a retrouvé les trésors de ses jeunes années; ce sont la foi, l’espérance si douce et l’amour si divin; il est heureux! — Oui, mon Dieu, en vous le faible trouve la force, l'insensé la sagesse.

ÉPREUVE

le criminel la vertu, le malheureux la félicité, en un mot, le mal se change en bien. — Voilà, Seigneur, ce que peut l’étude de soi-même, ce que peut la méditation, ce que peut la douleur.

Au contraire, l’homme que le monde nomme heureux, occupé de ses affaires ou de ses plaisirs, au lieu de se concentrer en lui-même, passe sa vie à se distraire; il se répand, se dissémine, s’éparpille, en quelque sorte, sur toutes les créatures, jusqu’à ce qu’il en vienne, enfin, à ne plus trouver en lui-même ni sagesse, ni vertu, ni bonheur, ni Dieu ; mais comme il sent qu’il est créé pour autre chose que pour lui-même, il veut, il exige, il cherche encore, il cherche le bonheur, et ne pouvant le trouver en lui-même, c’est aux créatures qu’il le demande; mais celles-ci ne lui offrent que les folies du siècle, recouvertes du faux vernis du plaisir; il s’en empare, il s’y abandonne, il s’y plonge, il leur sacrifie toute son existence avec toutes ses affections, et il arrive, à la fin d’une vie inutile et coupable, à l’ennui ou au crime, dans tous les cas, au mal. Seigneur, pardonnez-lui, pardonneznous nos crimes, pardonnez-nous l’abus de vos grâces.

Oh ! si l’on savait combien la vertu, malgré les sacrifices qu’elle impose, ou plutôt par ses sacrifices, donne de joies même dès cette vie! Que

l’on compare, sans prévention, la vie du religieux,

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