‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 76 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

la vie et la mort du martyr avec la vie la plus brillante que puisse offrir le monde! L’un et l’autre ont tout sacrifié; mais quelle différence!...

Seigneur, les souvenirs de ma vie passée reviennent douloureusement à ma mémoire, et je me rappelle, d’une part, cette pauvre femme faible, courbée, mourante, victime de son amour, comprenant et bénissant la souffrance; d’autre part, je me vois moi-même, plein de santé, léger, égoïste; mais au fond du coeur, bien malheureux, honteux, tourmenté de remords et rêvant même parfois le suicide.

Nous étions à Paris, et trois ans s’étaient écoulés depuis que cette femme chérie s’était offerte à vous comme victime d’expiation, lorsque les médecins me déclarèrent qu’ils avaient découvert le secret de son mal, de ce mal qui, en ruinant son corps, avait mûri son âme. Ils déclarèrent que sa poitrine était attaquée, et qu’elle n’avait plus qu’une année à vivre. Oui, son enveloppe terrestre devait bientôt se briser pour que son âme pût s’envoler vers le ciel. A cette nouvelle, je fus terrifié, bouleversé,

ÉPREUVE

et je pris quelques bonnes résolutions; mais que sont les résolutions les plus sages, quand elles n’ont pas la foi pour appui? Dans l’espoir qu’un climat plus doux retarderait les progrès de la maladie, il fut décidé que nous partirions pour le midi. Ma femme, ignorant le danger de son état, ne se doutait point qu’elle approchait de l’accomplissement de son vœu. Elle n’avait, du reste, nullement l’imagination frappée; elle n’était point effrayée de ses souffrances; calme et résignée, elle cherchait pourtant à se soulager, et l’espoir de guérir un jour ne l’abandonnait pas. Néanmoins, elle me disait souvent qu’elle ne craignait pas la mort, et qu’elle ne concevait pas qu’on en eût généralement si peur ; parfois elle me disait aussi : « J’ai manqué ma vocation, j’étais née pour la vie religieuse. » Tous les écrits qu’elle a laissés prouvent le désir qu’elle aurait eu de se donner entièrement à vous. Comme elle comprenait le charme de la solitude, de l’obéissance et de la règle ! C’était une âme choisie, et vous la prépariez avec amour à la réalisation de son vœu, sous l’action duquel se développaient ses vertus.

Nous partîmes pour Nice. Quel triste voyage!

que de souffrances elle endura! Je puis dire, sans exagération, qu’elle mourait de faim, tout en assistant à nos repas avec une sérénité qui faisait mal et bien à voir. Oh ! c’était pitié de la contempler

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