‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 82 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

voilée, quand sa volonté eut cessé d’agir et qu’elle eut perdu toute énergie morale et physique qu’elle n’en a plus parlé.

Seigneur, je dois donc espérer que vous l’aurez reconnue pour une de vos brebis, car elle appartenait à votre bercail par le désir le plus ardent. Son âme était toute catholique; aussi avec quel enthousiasme aurait-elle bu, dans votre Église, à la fontaine féconde et intarissable de toute consolation, à cette source divine qu’alimente le Consolateur lui-même, l’esprit de vérité ! Oh ! combien il est heureux, une fois qu’on a été éclairé, de pouvoir hâter l’instant de son abjuration! Quand nous devons agir, agissons ; le lendemain n’est plus à nous.

Que de détails intéressants je pourrais donner sur les derniers jours que cette femme si douce passa sur la terre ! mais cela m’éloignerait de mon sujet ; je ne veux écrire que l’histoire de ma vie morale, que l’histoire des grâces dont vous avez daigné me combler, Seigneur. Ce fut ainsi que, douze ou quinze jours avant sa mort, vous me donnâtes une bonne pensée ; c’était un dimanche.

J’assistais à la messe dans l’église grecque. Pourquoi y étais-je venu? Je l’ignore : je n’y priais point, mais je pensais à ma femme, je craignais sa mort sans pourtant y croire : j’étais surtout bien loin de penser qu’elle dût être si prochaine... Tout

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à coup je sentis dans mon cœur un besoin pressant de me réconcilier avec une personne dont je n’ai pas encore fait mention dans ce récit, à qui j’avais fait autrefois du mal en ternissant sa réputation ; elle m’en avait fait aussi peut-être, mais elle avait agi par légèreté.

Cette personne habitait alors une ville d’Allemagne. Je m’étais, en quelque sorte, promis de ne jamais lui pardonner, de ne jamais la revoir; et voilà que ce ressentiment, qui durait depuis quelques années, se fond tout à coup dans mon cœur; il me paraît mesquin, ridicule, et j’éprouve soudain un sentiment nouveau ; je me dis qu’il faut pardonner, que moi aussi j’ai bien besoin de pardon ; et dès le lendemain je m’empressai d’écrire une lettre qui fut, entre cette personne et moi, le commencement d’une réconciliation sincère ; réconciliation qu’elle désirait aussi, et qui fut achevée par une seconde et plus directe démarche de ma part.

Voilà donc, Seigneur, l’effet admirable de votre grande bonté. Déjà le spectacle de la souffrance commençait à agir sur moi; vous acceptiez le sacrifice de votre servante, puisque votre grâce me louchait; j’obéissais à la voix de ma conscience, à votre voix, divin Rédempteur; c’était une première lueur qui venait éclairer mon âme. Oh! cette âme, elle était plongée dans d’affreuses ténèbres ; mais vous m’avez sauvé, Seigneur; vous m’avez rendu le

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