‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 83 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

calme et la paix avec l’amour du bien. Gloire à vous! vous avez chassé le démon qui était en moi. Gloire à vous ! cette femme bénie a été l’instrument dont vous avez daigné vous servir. N’est-ce pas là une preuve que la mort du juste est comme la continuation du sacrifice du Calvaire? En mourant sur une croix, vous avez sauvé l’humanité ; en mourant sur un lit de douleur, une femme, par votre grâce, est devenue la cause de mon salut. .

Sa faiblesse, je l’ai déjà dit , augmentait de jour en jour, mais si insensiblement qu’on s’en apercevait à peine, aussi ne fut-ce que deux jours avant sa fin que je commençai à croire sérieusement à une mort prochaine; car ce jour-là elle eut un quart d’heure d’exaltation qui me terrifia. C’était pourtant un délire heureux ; elle se croyait guérie. Ses traits avaient pris une expression de bonheur inaccoutumé... Je m’en souviens encore, penchée vers moi et me serrant la main : « Je suis heureuse, me « dit-elle, je n’ai plus de douleurs , je suis guérie, « tu me remercieras, tu verras... » Seigneur, elle disait vrai, mais alors je ne pouvais pas la comprendre, je ne pouvais pas découvrir le sens caché de ses paroles. Après ce quart d’heure, l’abattement revint, et avec l’abattement reparurent les souffrances et l’expression de la tristesse. Ce fut un spectacle terrible, mais bien salutaire.

Le jour suivant fut décisif pour moi. Elle m’avait

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parlé de vous, ô mon Dieu! elle avait prié avec ferveur, et avait écouté avec attention et un intérêt marqué les prières qu’elle m’avait demandé de lui lire. Dans la soirée, étant seul avec elle, je la vis tout à coup s’affaiblir. Elle eut des angoisses: « Fais quelque chose, me dit-elle, fais quelque chose, ce sera bientôt trop tard..., fais quelque chose... » Soudain, elle fit un mouvement du corps en avant, ses dents se choquèrent, ses yeux se fermèrent et sa tête retomba sur l’oreiller. Le médecin était survenu..., il lui prit la main, son pouls battait à peine : il me fit un signe de douleur. « C’est fini? » demandai-je ; il ne me répondit pas, mais je vis dans ses yeux qu’il le craignait... O mon Dieu! vous seul savez ce que j’éprouvai alors! Je me sentis défaillir, puis je revins à moi, et soudain, poussé par une force irrésistible, je me jetai à genoux, et au milieu de sanglots et de larmes je vous adressai, Seigneur, à haute voix, et en présence du docteur, une prière fervente et sincère. C’était depuis mon enfance ma première prière, et c’était, qui le croirait? une action de grâces : je la croyais morte et je vous remerciais , je vous bénissais de ce que l’instant si redoutable s’était passé avec calme. Vous le savez, dans ce moment, la mort me parut douce et belle ; j’éprouvais les déchirements de la douleur mêlés d’un sentiment inexplicable de paix et d’espérance. Oh ! je ne pouvais pas le comprendre ;

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