CHAPITRE III
mais à présent je me l’explique ; sans doute , une voix mystérieuse, la voix de la grâce, me disait à mon insu que le sacrifice de cette âme d’élite avait été accepté; que sa mort , en jetant dans mon âme un trouble salutaire , y répandait aussi une divine clarté et me mettait sur le chemin du salut. Je ne me rendais pas compte alors de ce qui se passait en moi : je n’entendais pas cette voix secrète ; d’ailleurs , je n’aurais pu la comprendre ; mais elle réchauffait mon cœur et le remplissait de l’avant-goût de ce calme dont je jouis aujourd’hui. C’était comme un pressentiment de félicité... Oh ! pour qui n’est pas chrétien, mes paroles doivent paraître étranges... Quoi ! se réjouir de la mort de cette pauvre victime, et ne penser qu’à soi?... Non, non, je ne m’en réjouissais pas... Je pleurais, j’étais dans une grande douleur ; et pourtant je sentais naître dans mon cœur des sentiments jusqu’alors inconnus de résignation et de calme religieux. Ces sentiments me forcèrent , moi sceptique, à tomber à genoux pour vous prier et vous bénir jusque dans la terrible épreuve. Oh ! ces sentiments, ils n’étaient pas naturels... c’était vous, c’était votre grâce qui me les inspirait. Votre voix, votre divine lumière réchauffait mon cœur, et je le sentais tout brûlant au dedans de moi... Oui, vous aviez triomphé; le spectacle de la mort réveillait en moi l’amour du bien ; je pouvais désormais me sauver. D’ailleurs, pour
RETOUR
qui considère les choses au point de vue de la foi , pour qui regarde la vie future comme le but, cette mort n’était pas une mort vulgaire, c’était comme le sacrifice d’un martyr. En donnant sa vie, l’heureuse victime gagnait le ciel ; et moi, elle m’en ouvrait le chemin.
Dès ce moment, j’ai été un homme nouveau, j’ai été régénéré.
Après vingt minutes de léthargie, ma femme rouvrit les yeux et me regardant avec douceur : « Tu as beaucoup souffert, » me dit-elle. «. Non, » répondis-je. « C’est que moi, j’ai tant souffert ! » Mais ce furent ses dernières douleurs. Depuis cet instant jusqu’à celui de sa mort, qui arriva trente-six heures après, elle n’eut plus de souffrances, le sacrifice était consommé. Elle fut calme, heureuse , et me disait souvent : « Je me sens très-bien. » Elle me parla de ses enfants, de ses sœurs, de son frère, de tous ceux qu’elle aimait sur la terre ; puis elle nomma son père, qu’elle avait perdu il y avait précisément quatre ans ce jour-là. Elle voulut voir ses enfants, et, en bénissant ma fille, elle la regarda avec tristesse , et dit : « Pauvre petite!... » c’était un dernier adieu.
Ce calme , qui précède souvent la mort , me trompa ; je crus qu’elle allait mieux, je repris complètement espoir... je ne voyais pas qu’elle s’affaiblissait de minute en minute. Enfin , le 10 février,