‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 85 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

vers quatre heures du matin, et après quelques heures d’un sommeil agité, elle devint de nouveau entièrement calme, et dit : « Je suis bien, » un instant après elle ajouta : «Maintenant, laissez-moi, je veux dormir. » Elle s’endormit, en effet, d’un sommeil paisible entre quatre et cinq heures, et ce fut pendant ce sommeil qu’elle passa à l’éternité.

Vous savez. Seigneur, que je fus dansunegrande douleur; la vue de mes enfants me brisait le cœur, et puis il régnait autour de moi un vide affreux ; je n’avais plus rien à faire. Cette indépendance, celte oisiveté, oh ! combien elles me pesaient! Je sentis alors combien ma femme m’était chère, et pourtant je crois que le véritable amour pour la créature, l’amour tel que vous le voulez, mon Dieu, ne peut exister dans une âme qui ne vous connaît pas. Oh! je le sais bien ; car ce ne fut que plus tard, lorsque, un peu purifié par la prière, je sentis toute la grandeur de ma perte, lorsque j’eus atteint cette époque de crise qui se trouve entre la douleur du passé et l’espérance de l’avenir, et que je pus comparer mon néant avec votre grandeur, que j’éprouvai les plus

RETOUR

violents regrets. Que vous fûtes bon pour moi, mon Dieu! car dès le premier moment qui suivit cette belle mort, une pensée nouvelle, une pensée consolante, vint se mêlera ma douleur; il me semblait impossible qu’elle n’existât plus : je le voyais et pourtant je ne pouvais le croire. Ce corps inanimé était là devant moi... Je voyais bien qu’elle était morte, et pourtant quelque chose me disait : elle existe encore. Je l’aime, pensais-je, je sens que je l’aime ; mais, qu’est-ce que j’aime en elle? Sa beauté? son corps? Oh ! non, ce n’est pas ce corps que bientôt le tombeau voilera à mes regards; non, je ne puis aimer ce corps. Est-ce son souvenir? Mais je sens que j’aime quelque chose de plus qu’un souvenir, j’aime quelque chose qui existe ; je ne puis aimer une abstraction. El que peut-il exister d’elle? Oh! c’est sa beauté morale, sa vertu; et je fus satisfait, je fus heureux de cette pensée. On ne peut aimer que ce qui est beau ou ce qui semble tel; et quand on aime la laideur ou le vice on est dépravé.

Oui, me disais-je, c’est savertü que j’aime; mais cette vertu existe donc, elle n’est pas un vain mot, elle est quelque chose de positif? si elle existe, elle est quelque part, elle anime un être : il faut donc que cet être soit. Et alors il me semblait voir toujours cette douce créature planer devant moi, entre le ciel et la terre; je la voyais, sans cesse, me

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