CHAPITRE
regarder avec cet air de résignation et de calme douloureux qui, vers la fin de sa vie, arrachait des larmes, même aux indifférents! Oh! si sa vertu existe, me répétais-je, elle existe aussi ; et alors, moi qui, jusqu’à ce jour, n’avais voulu, pour former mes convictions, d’autre guide que mes sens ou ma raison viciée, moi qui avais voulu être matérialiste, je compris, soudain, par l’amour uni à la logique, qu’il existe des convictions indépendantes des sens. Je sentis alors, fortement, que je devais croire à autre chose qu’à la matière et je m’écriai dans le fond de mon cœur : « Son âme existe, son âme est immortelle. » Dès lors une nouvelle lumière entra dans moi ; un monde nouveau s’ouvrit à mes yeux; je fus subitement éclairé, car j’appris en même temps deux choses, et je les appris l’une par l’autre : l’existence de la vertu et l’immortalité de l’âme. Ces deux croyances sont inséparables, elles découlent l’une de l’autre. Sur cette première base de toute religion, le passage du doute à la croyance fut, chez moi, instantané. Certes, plus tard j’eus encore des doutes, mais de ces doutes qui s’effacent rapidement devant un des nombreux rayons de la vérité qui inondent le chrétien, et je puis dire que, dès le jour de mon malheur, je crus à l’immortalité de l’âme. Mon cœur et ma raison étaient convaincus et éclairés. Jusqu’alors, mon matérialisme avait été naturel et conséquent; car
n’aimant et ne voulant voir que la matière périssable, je ne pouvais croire qu’à ce qui meurt ; mais une fois que je connus la vertu, que j’y crus et que je sentis que je l’aimais, je dus nécessairement croire à son immortalité ; j’en sentis le besoin, nonseulement par le cœur, qui souvent est le meilleur des juges, mais encore par la raison. Personne alors n’aurait pu me convaincre d’illusion, je sentais profondément qu’en aimant celle que je venais de perdre, j’aimais sa vertu, son essence, son âme en un mot. Ce travail de la pensée fut en moi si rapide, que déjà, cinq à six heures après sa mort, je m’adressai au bon docteur Fassetta qui l’avait soignée, pour lui demander s’il croyait à l’immortalité de l’âme. « Oh ! lui disais-je, je voudrais être convaincu que son âme existe.» Seigneur, encore une grâce dont je vous suis redevable : ce médecin était non-seulement un homme éclairé, mais encore un catholique pieux. « Lisez, me répondit-il, dans saint Jean, le chapitre où Notre-Seigneur parle de l’immortalité de l’âme. » Dans la soirée il m’apporta le saint Évangile, mais, se trompant de numéro, au lieu du chapitre v, v. 21, 25,28, 29... il m’indiqua le chapitre xiii et les suivants... c’étaient précisément ceux dont vous vouliez vous servir pour m’éclairer.
Ici commence, ô mon Dieu! cette suite non interrompue de grâces dont vous avez daigné me