‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 92 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

quelque sorte identifiée avec mon être, et que, sans la confondre pourtant encore absolument avec l’idée de votre existence , je l’aimais et je la cherchais déjà. « Oui, me disais-je souvent, la perfec- « tion existe, cette conviction est dans mon âme; « bien plus, je sens en moi-même l’idéal de la per- « fection, et, pour ainsi dire, cette perfection elle- « même. C’est un être, c’est un objet que je vois « dans mon intérieur, comme un rêve, comme une «. étoile à travers des nuages, comme un objet « dans une glace éloignée; cet objet, il est là, il « habite en moi; au fond de moi; je le vois , je le « sens ; je ne l’atteindrai jamais! je le sais; jamais « je ne pourrai m’unir à cet idéal ici-bas ; mais je « peux m’en approcher de jour en jour davantage. « Sans doute, je désirerai toujours quelque chose, « mais tous les jours aussi mes désirs seront plus « accomplis. » Et voilà que, sans m’en apercevoir, naissait et apparaissait en moi l’idée de l’infini qui s’unissait à l’idée de la perfection. Il ne me restait donc plus pour vous aimer, Seigneur , que de me dire : « Mais cette perfection que tu aimes, cet in- « fini après lequel tu cours, cet idéal que tu en- « trevois, mais tout cela, c’est Dieu lui-même : tu « aimes un objet, tu aimes un être, mais tu ignores « son nom; et cet être, le chrétien l’appelle Dieu. » Oh ! quand je compris ces vérités, je fus content, je me sentis heureux et fier; et pourtant elles sont

bien simples; chaque enfant les a apprises dans son catéchisme ; son innocence, la pureté de son cœur les lui a fait sentir. — Mais, pour moi, elles étaient nouvelles. Ces notions fondamentales de toute instruction religieuse me semblaient une découverte magnifique de mon esprit, une conquête dont je devais me glorifier. Cela n’est-il pas une preuve que rien n’est ignorant et stupide comme le mal ? Tout lui est difficile à comprendre; tandis que tout est simple et facile à l’homme de bonne volonté, à celui dont le cœur est pur. Vous l’avez dit : « Le royaume de Dieu est pour ceux qui ressemblent aux petits enfants; » et ce royaume advient d’abord en nous par la connaissance de votre divinité.

A mesure que j’avançais dans la voie bénie où vous m’aviez fait entrer, mon trésor spirituel s’augmentait de nouvelles richesses, et l'horizon de mon intelligence s’étendait. Toutes ces pensées, toutes ces convictions, toutes ces choses, en un mot, je les gardais soigneusement dans mon cœur, et je me sentais de jour en jour plus heureux.

Et puis, je priais tous les jours; je priais mal, très-mal, souvent sans une vraie confiance ; il m’arrivait même fréquemment de me demander pourquoi je priais et de me contraindre à le faire, mais enfin je le faisais. Oh ! je le répète, ceci est la plus grande grâce que vous m’ayez accordée ; car ma prière était, à vrai dire, une inconséquence, mais

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