‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 93 sur 203 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

une inconséquence qui m’a sauvé. Gloire à vous, Seigneur, qui confondez noire raison viciée ! Tous les matins je me mettais à genoux, et m’adressant à ma femme, comme si elle existait encore, je lui demandais de veiller sur nous. En la priant, je sentis bientôt le besoin de prier pour elle, et peu à peu je m’habituai ainsi à m’entretenir tous les jours, pendant quelques instants, avec vous, ô mon Dieu ! A cette époque, la prière n’avait encore aucune douceur pour moi, et pourtant je n’aurais jamais voulu y manquer; elle était pour mon âme comme un devoir, comme un besoin ; je sentais véritablement comme une puissance qui me forçait à m’agenouiller devant le souvenir de ma femme, devant la certitude de son existence spirituelle, devant l’espérance de son bonheur, devant le désir que je nourrissais d’acquérir la vertu ; et peu à peu, à mon insu, la foi naissait en moi. Je vis alors que je n’avais qu’un seul moyen d’obtenir l’accomplissement de mes désirs ; c’était de devenir franchement chrétien. Je m’en convainquis encore davantage en comprenant que, si autrefois les bons désirs que j’avais conçus, ou plutôt que vous m’aviez inspirés, ne s’étaient jamais soutenus, c’était parce que jamais je n’avais voulu leur donner le christianisme, la foi chrétienne pour guide. — Comment un incrédule pourrait-il devenir vraiment vertueux?.... Mais, après la mort de ma femme, je compris que,

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pour devenir bon, il fautprier; que la prière obtient la foi, et qu’avoir la foi c’est commencer d’être chrétien. Je »e devins donc chrétien que lorsque je voulus être sérieusement bon. O Seigneur, que vous êtes grand dans vos œuvres!!

Avec «quelle bonté vous me traitiez alors, ô mon divin Maître! mais pourquoi dis- je : alors? Avezvous jamais laissé passer un jour sans m’accorder quelque bienfait? Non, Bonté immuable; toujours, toujours la même, vous nous comblez de vos grâces et nous poursuivez de votre amour ; mais il y a des jours qui sont plus spécialement les jours de vos miséricordes....

Une fois que le désir d’être vraiment vertueux fut entré dans mon âme, je recherchai avec ardeur tout ce qui pouvait me mener à vous. La lecture de l’Écriture sainte me subjuguait et m’entraînait; mais, dans ma folie, je voulais encore ne devenir chrétien qu’à demi; je marchandais avec vous, ô mon Dieu ! je m’imaginais qu’il me serait facile, en rejetant une partie des dogmes -de l’Évangile, de pratiquer pourtant sa morale ; et je cherchais à trou-

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