CHAPITRE III
homme, ce prêtre, par une inconséquence inexplicable, admettait pourtant comme très-bonne l’Église catholique, h Ce sont deux sœurs, disait-il; pourquoi donc ne pas vivre en paix l’une à côté de l’autre? »> Singulière prétention! comme si la vérité pouvait cohabiter avec l’erreur, la lumière se mêler aux ténèbres ; comme si l’Église une pouvait avoir une sœur ! Non, non, elle est une, catholique, apostolique, romaine, et vous ne pouvez. Seigneur, avoir qu’une seule Épouse.
A cette époque, cette inconséquence des grecs, loin de me choquer, me semblait mériter le beau nom de tolérance et de charité; d’autant plus qu’en admettant cette prétendue fraternité, j’accordais mes sympathies naissantes pour le catholicisme avec mes intérêts matériels, avec mes préjugés et avec un faux amour-propre patriotique qui me faisait penser que l’Église grecque enseignait aussi la vérité.
Les études religieuses étaient alors mon unique occupation; elles seules m’offraient de l’intérêt, et je m’y adonnais tout entier. Je lisais, ou plutôt je dévorais tous les ouvrages que je pouvais me procurer concernant ces graves matières. Je lisais, au hasard, tout ce qui me tombait sous la main ; ma soif de savoir était telle, qu’il me semblait qu’il n’y avait pas assez de livres. Heureusement, Seigneur, vous guidiez mon choix, et me donniez ce dont
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mon intelligence avait besoin : l’Écriture sainte , quelques passages des saints Pères, les Variations de Bossuet, et bien d’autres ouvrages encore.
Mais ma lecture favorite était les Confessions de saint Augustin ; je les lisais sans cesse, j’en copiais des pages entières et j’en faisais des extraits. Sa philosophie me remplissait de désirs et d’amour. Avec quel bonheur, avec quel enthousiasme, je retrouvais dans ce grand homme des sentiments, des pensées qui avaient jusque-là dormi dans mon âme, et que cette lecture réveillait! Je retrouvais en lui mes folies, mes égarements, mes douleurs et mon espérance. Je désirais, je demandais, j’enviais, je cherchais son amour, sa chaleur et sa foi. Oh ! comme mon cœur bondissait à la lecture de ces pages brûlantes; comme je désirais vous connaître et vous comprendre ; comme je m’élançais en espérance, en pressentiment, au-devant d’un avenir de bonheur! Grâces, grâces vous soient rendues mille fois, d’avoir mis entre mes mains cet ouvrage qui a été l’instrument de la félicité que je goûte icibas, et de la félicité que j’espère goûter un jour dans le ciel ! Grâces soient rendues à saint Augustin, mais aussi grâces soient rendues à celui dont vous vous servîtes pour me faire connaître ce livre ! Il me fut donné par le R. P. Minini.
Dans sa charité, cet excellent médecin spirituel avait entendu parler de moi. Il me savait malheu-
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reux, et aussitôt il était venu m 'offrir, avec de douces consolations, le remède dont j’avais tant besoin, ce livre de saint Augustin dans lequel il écrivit : « Que tous les jours il vous demanderait pour moi. Seigneur, la possession de votre sainte vérité; et qu’il ne doutait pas que ma femme fut morte dans la foi catholique. »
Je n’étais alors en état de comprendre ni ces paroles ni le sentiment qui les dictait. Je me suis reproché souvent d’en avoir témoigné à cet apôtre zélé si peu de reconnaissance, et je regrette de me l’avoir pas vu aussi souvent que j’aurais dû le faire; néanmoins, je l’ai vu assez pour recevoir 4e lui les premières semences de mon bonheur présent. Un. soir, touché de sa bonté, je lui ouvris mon cœur; ce fut une espèce de confession ; car je lut parlai avec abandon, et lui témoignai le désir de devenir vraiment chrétien. « Mais ne vous imaginez pas, ajoutai-je, que je me fasse jamais catholique. » Et cet excellent prêtre, souriant avec amour, me répondit : « Avant tout, il s’agit d’entrer dans la mai- « son, d’être chrétien; vous choisirez la chambre « ensuite. » Oh ! je l’ai choisie. Seigneur, il n’y en a qu’une. C’est une salle immense, magnifique; et die seule occupe l’édifice tout entier.
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Il me serait impossible d’énumérer tous les combats que ma foi naissante livrait alors à ma raison rebelle. Grâce à vous, mon Dieu, cette foi avançait à travers les armées ennemies, et en avançant elle grandissait; enfin, comme le jeune David, elle a triomphé.de Goliath. Oh ! je sens à présent que j’ai la foi; mais combien de temps j’en ai douté! Que de découragements j’ai éprouvés ! Oh ! si vous ne m’aviez soutenu ; si vous ne m’aviez caché les dangers matériels de ma position ; si vous n’aviez rempli mon cœur d’un courage surnaturel , je serais tombé pour ne plus me relever peut-être; car tout, dans le christianisme, me choquait, me faisait ombrage, et bien souvent ma raison viciée se cabrait avec'fureur. Les cérémonies, les pompes magnifiques, les orgues sonores, tout le culte enfin me semblait n’êlre que l’expression d’une superstition dégradante. Les images des saints me rappelaient les idoles du paganisme ; les prêtres m’étaient odieux ou au moins suspects. Hélas 1 hélas ! cela venait de ce qu’en moi manquant cette foi, qui est le fondement de la vertu, je ne voulais pas croire à