‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 97 sur 203 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

la vertu des autres. Et pourtant, j’avais toujours rendu hommage à la vertu de ma femme. Mais, Seigneur, peut-être me trompé-je; car plongé, comme je l’étais, dans les ténèbres, je sais à peine ce que je faisais et ce que je pensais à cette époque. Oh ! combien l’orgueil et l’égoïsme obscurcissent la lumière de l’esprit : et cela doit être, car vertu et vérité ne sont qu’une chose. Le mal vit dans les ténèbres de l’ignorance, comme l’ignorance volontaire doit vivre dans le mal. Je ne saurais assez le répéter : je fus heureux, cent fois heureux, le jour où je sus que la connaissance de la vérité ne doit s’acquérir que par la vertu. Alors je l’ignorais encore, et à tout moment je me révoltais. Je ne pouvais ni ne voulais admettre entre autres l’accord de votre prescience avec notre liberté. « Ou Dieu ne « sait pas tout, me disais-je parfois, et alors il n’est « pas parfait, il n’est pas Dieu ; ou moi je ne suis « plus libre; alors il n’y a point de justice, point « de Dieu. » Voilà, Seigneur, le cercle étroit dans lequel ma raison égarée m’entraînait toujours. Et aussitôt tous mes doutes me revenaient, et le christianisme me paraissait une fable , et je niais même votre providence. Et pourtant, j’ai triomphé, ou plutôt, vous avez triomphé. Seigneur, de ces odieux moments; vous m’avez fait voir que rien n’est plus absurde que d’appliquer à votre intelligence l’échelle de notre intelligence. Si vous étiez

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un homme, nous aurions raison de ne pas admettre ce qui nous semble incompréhensible; mais ou vous êtes la perfection, ou vous n’êtes pas; or vous êtes, je le sais, je le sens à cet idéal de bonheur qui existe en moi; vous êtes, je le vois, dans tout ce qui est. Donc vous êtes la perfection, donc vous avez la prescience. Mais alors, que devient ma liberté? Oh ! c’est en vain qu’on cherche à le nier ; je suis libre ; je sens ma liberté, et je la vois des yeux de l’âme, comme je vois les membres de mon corps de mes yeux matériels. Mais alors, comment cet accord? Oh! je le vois par le sentiment et par la connaissance que j’ai de votre perfection. Celle perfection m’explique tout; et, dès que j’admets votre existence, je suis forcé d’admettre cet accord. — Accord de la grâce et de la volonté, accord de la prescience et de la liberté, vous êtes des mystères, mais des mystères adorables. En effet. Seigneur, si nous pouvions vous comprendre, vous ne seriez plus Dieu, ou nous ne serions plus hommes. L’imparfait ne peut comprendre la perfection, comme le vice ne peut comprendre la vertu. Il ne s’agit donc pas de comprendre, mais de croire; la foi, la faculté d'avoir la foi, la faculté de croire nous a été donnée pour quelque chose; c’est l’acte le plus méritoire de l’intelligence ici -bas. Mais parfois l’exercice de cette faculté nous est difficile; et alors nous voulons faire agir notre raison aux dépens de

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