‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 98 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

notre âme. Hélas! n««ts voulons tout comprendre... Mais persuadons-nous bien que le raisonnement n’est pas notre seul critérium ; laissons à l’âme son action libre. Pourquoi la gêner? pourquoi la priver d’une partie de ses facultés? L’homme peut abuser de tout, et faire vivre une de ses facultés aux dépens des autres; mais ce n’est vraiment que dans l’accord harmonieux de nos sens, de notre raison et de notre foi, que peut se trouver l'accomplissement de votre volonté sur nous, ô mon Dieu !

A l’époque dont je parle, toutes ces vérités m’étaient inconnues, et je n’avais nullement la conscience de ce qui se passait en moi. Gomme un vaisseau perdu dans l’océan , tantôt battu par la tempête, tantôt mollement porté sur une plaine azurée, je croyais voguer au hasard; incertain si j’avançais ou si je reculais. Heureusement vous me guidiez, Seigneur; et un jour, sans le savoir, je me suis trouvé dans le port. — Oh ! même à celte époque , les jours de calme étaient plus fréquents que les jours d’orage. Comme vous m’entraîniez vers vous ! avec quelle douceur je me sentais attiré ! Il me semble que je ne peux mieux exprimer ce que je sentais, qu’en transcrivant quelques-uns des fragments que j’écrivais alors.

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Venise, février et mars 1841.

« Je prévois, sans le connaître encore, un champ très-vaste. Le désir d’étre meilleur est le désir de la sagesse. On ne peut parvenir à la sagesse que par un désir immense, par de longs combats et par un recueillement très-profond et sans distraction qui nous identifie avec ce désir. C’est difficile, mais ce but vaut la peine d’être atteint; c’est difficile, parce que nos habitudes sont tellement enracinées en nous, qu’au moment où nous prenons la résolution de nous adonner à l’étude de la sagesse , nous péchons cent fois par pensées, par amour-propre et de mille autres manières. L’habitude en est telle, que nous nous apercevons à peine de nos péchés. Oui, nous péchons à tout moment. Mais ces idées exprimées, lues ou répétées sans réflexion , n’ont aucun sens ; il faut s’identifier avec elles pour les comprendre. »

« Lorsque l’on songe à toutes les tentations dont nous sommes entourés, et lorsqu’on a vraiment en soi le désir de parvenir au bien et à la sagesse, on comprend, sans trop s’en rendre compte , tout ce que, dans notre ignorance, nous nommions folie. Que de choses nous ne pouvons expliquer! Ainsi , la profonde solitude d’un cloître, la vie d’un ermite... Vraiment, si je n’avais pas d’enfants, je

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