ACTE PREMIER
CHAMPCOURTIER.
J'ai un tel désir d'obtenir ce que je suis venu vous demander que je n'hésiterais pas.
RIQUETTE
Faites-moi l'amitié de vous tenir tranquille... Je ne le sais toujours pas, ce que vous êtes venu me demander.
CHAMPCOURTIER.
C'est vrai, il faut que je me décide!
Il me semble.
CHAMPCOURTIER.
Eh bien... puisque vous m'y forcez... J'ai... J'ai fait une
petite pièce. (ll Ure de sa poche un manuscrit énorme.) UnC petite
pièce à deux personnages... Mon rêve serait que celte petite pièce fût jouée par vous.
RIQUETTE
Aïe
CHAMPCOURTIER.
C(;la ne ressemble pas à ce que vous jouez tous les jours. Non, c'est une pièce où, dès le premier mot, l'on reconnaît qu'elle a été pensée, qu'elle a été écrite par un homme du monde.
RIQUETTE
Cela s'appelle ?
CHAMPCOURTIER, timide.
Le Piston d'Hortense.
RIQUETTE
Vous dites ?
CIIAMPCOURTIER.
Je dis : « Le Piston... » J'ai mis « le piston «, mais si ce instrument vous inspirait la moindre répugnance...
RIQUETTE, bonne fllle.
Mais non, mais non...
CHAMPCOURTIER.
Il y a deux personnages... Hortense et le Piston. Vous, vous joueriez Hortense ! J'avais pensé un instant à vous faire jouer le rôle du piston, mais il m'a semblé que, dans une pièce faite par un homme du monde, ce genre de plaisanterie...
RIQUETTE
Et comment l'idée vous est-elle venue d'écrire une pièce ?
CIIAMPCOURTIER.
C'était au cercle... On parlait de la représentation que l'on devait donner, et l'on se plaignait de ne rien avoir de bon... Quelqu'un m'a dit : « Champcourtier, pourquoi ne nous faites-vous pas quelque chose ? » J'étais de bonne humeur, je venais de gagner à l'écarté. J'ai répondu : «Vous voulez que je vous fasse quelque chose? Eh bien! c'est bon, je vous ferai quelque chose. »
RIQUETTE
Et vous avez fait le Piston d' Hortense.
CIIAMPCOURTIER
Oui, j'avais lu dans le journal l'histoire de ce mari qui avait tiré sur sa femme une demi-douzaine de coups de