‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 169 sur 200 · Phtisie · texte numérisé non relu

Phtisie

Comme le serpent qui, caché dans l'herbe ou sous la roche, épie sa proie, ainsi parfois la phtisie existe et domine déjà longtemps dans le corps avant de se montrer. Son point de départ est un tubercule, petite masse puriforme, qui se produit à un endroit quel-

conque du corps, se développe peu à peu par suppuration et finit par détruire les tissus circonvoisins. Cela peut avoir lieu dans la poitrine (poumons, plèvres), dans le ventre (intestins, reins), dans la gorge (bronches, larynx), etc., c'est-à-dire dans les organes les plus nobles et les plus importants. Partout où grossit un tubercule, il en surgit aussitôt des troubles dans le cours du sang, dans le sang lui-même et dans les humeurs. Le corps, qui en est atteint, subit le même sort que l'arbre dont les feuilles se mettent, dans une saison indue, à jaunir et à sécher : les veines ont cessé de fournir le suc vital, l'arbre n'est plus nourri, d'où l'altération et la mort. Le soleil et l'air frais n'y peuvent plus rien. Il en est de même de la phtisie, de la tuberculisation : le sang, ce suc vital, diminue, le malade s'affaisse, la vie s'en va. C'est comme une lampe qui s'éteint faute d'huile.

Quand une fois la phtisie a fait quelques progrès et a détruit un organe du corps, c'en est fait du malade. Mais quand elle n'a fait que prendre à telle ou telle partie de l'organisme, alors l'eau est à même d'amener facilement la guérison. Ce qui est triste pour les phtisiques, c'est que les premiers symptômes de la maladie sont si insignifiants. Le malade n'a qu'une petite toux, dont il ne souffre guère. 11 crache peu ou pas du tout. Si de temps à autre la toux augmente, le malade s'en console par la pensée que ce n'est, au fond, qu'un petit catarrhe, qui va partir comme il est déjà souvent parti. Lors même que le corps se flétrit et qu'il sent faiblir ses forces, il ne se décourage pas: «Cette fois, dit-il, le catarrhe persiste plus longtemps, mais je puis suffire encore à mes occupations». Dans

cette période de la maladie les phtisiques ont ordinairement déjà souffert plus qu'ils ne croient euxmêmes : la formation du sang est plus lente, les humeurs ont diminué, les matières tuberculeuses se propagent de plus en plus. Si alors ils vont chercher du secours, ils viennent certainement déjà trop tard, et ce qu'ils emploient ne sert bien souvent qu'à abréger la vie. Je fais cette observation pour prévenir qu'il ne faut pas négliger ces affections maladives qui, sous le nom de catarrhes, rempHssent le monde entier. Dans les cas où la tuberculisation a déjà fait des ravages, a déjà atteint un degré élevé — je le déclare franchement à chaque malade — je n'essaie plus de faire des applications d'eau; * car la nature n'est plus en état de lutter avec l'eau froide. Ce serait insensé, comme si un nain voulait essayer de maîtriser un homme fort et robuste. Quels sont les symptômes de la phtisie avancée? Si le malade tousse fréquemment et que la toux provoque d'abondants crachats ; s'il respire péniblement; si l'appétit s'est perdu, etc., alors vous pourrez dire qu'il est phtisique. Mais tant que les crachats surnagent, qu'ils restent sur la surface de l'eau — faites la preuve — il n'y a pas Heu de désespérer. Quand, au contraire, ils descendent au fond, c'est d'ordinaire la fin qui approche, et tout remède est devenu inutile. Le malade n'a plus qu'à s'abandonner à la volonté de Dieu et à se préparer tranquillement à la dernière heure.

Je prétends, en me basant sur toute une série d'exemples de ma pratique, que l'eau, au début de

1 Des essais innombrables ont abouti chaque fois au même résultat : on peut soulager, mais pas guérir. C'est toujours la mort qui remporte la victoire.

la phtisie, est le premier et le plus sûr remède. Elle rafraîchit et ravigote le corps qui commence à se flétrir ; elle agit comme l'huile qu'on verse dans le rouage d'une machine; elle stimule la circulation du sang et ranime l'organisme devenu lâche et paresseux. Puis elle secoue et agite les humeurs putréfiantes, comme des graines de pavot dans le crible, et les éhmine. Observez bien une chose : il ne faut jamais entreprendre des applications d'eau qui déploient une action trop résolutive et éliminatrice. Il faut chercher de préférence à fortifier l'organisme, afin que la nature reprenne de la vigueur et expulse elle-même les matières morbides. Avant tout la prudence exige qu'on n'affaiblisse et qu'on n'épuise pas la chaleur naturelle ; car ce serait venir en aide à la maladie. Il ne faut faire, dans ce cas, que des applications très courtes ; elles doivent stimuler, fortifier, animer. Je n'oserais pas entreprendre plusieurs applications totales, qui s'étendent à tout le corps, quand les symptômes indiquent que la phtisie fait des progrès.

Les tubercules ont-ils leur siège dans le haut du corps, l'affusion supérieure sera une excellente application, à laquelle on ajoutera l'affusion des genoux, qui n'aura toutefois que la durée d'une demi-minute au plus. Dans la belle saison il n'y a rien qui vaille une promenade nu-pieds dans l'herbe mouillée : elle fortifie le mieux l'organisme, et d'aucune manière elle ne peut faire du tort. La marche sur les pierres mouillées est bonne aussi : elle amène le sang dans les extrémités inférieures, accélère la marche du sang et favorise ainsi la sanguification.

Disons aussi un mot de la nourriture appropriée aux phtisiques, qui sont condamnés à entendre jus-

qu'à satiété le refrain : « Bien manger et bien boire ! » La nourriture la plus simple est la meilleure, celle que l'enfant supporte le mieux et qui favorise le plus sa croissance ; donc rien d'échauffant, rien d'épicé, rien d'acide. J'ai fait une expérience remarquable, dont je vais faire part à mes lecteurs : le signe le plus sûr et souvent le plus décisif pour l'existence de la phtisie, c'est quand le malade aime volontiers les aliments salés, qu'il répand du sel sur le pain^ qu'il passe la viande dans le sel, et qu'il recherche avec avidité les acides et les épices. Une très bonne nourriture, que je recommande avant toutes les autres, c'est le lait ; mais non pas le lait seul, parce qu'il finirait par répugner. Il faut varier, alterner avec le potage de santé, ainsi qu'avec les farineux, préparés de la manière la plus simple, sans aucun raffinement. La boisson la plus naturelle et qui cause le moins de dégoût possible, c'est toujours l'eau, peut-être mélangée avec un peu de vin. Le lait aussi, le lait caillé, rend service ; mais je ne plaide pas la cause de la bière et du vin.

Encore une observation. Dans la période avancée et suprême de la phtisie il survient de violentes fièvres avec une forte transpiration, suivies de frissons. Il n'y a pas moyen de réagir avec succès; mais on peut soulager le malade en lui lavant énergiquementj après la transpiration, le dos, la poitrine et le ventre avec de l'eau fraîche.

Une institutrice très capable fut longtemps, sans résultat, traitée par un célèbre médecin. Quand enfin elle ne put plus travailler, elle fut mise en disponibihté pour 9 mois. Ce temps écoulé, son état n'était guère meilleur, et le médecin la déclara « in-

curable» dans son certificat. On la regarda donc comme incapable de jamais reprendre son service. Des amis lui conseillèrent de se faire traiter par l'eau froide, et elle alla prendre pied-à-terre dans un village voisin de ma paroisse. Dans les commencements elle ne pouvait qu'avec une peine extrême faire 2 kilomètres de chemin, tellement elle était faible et épuisée. Elle se conforma à mes ordonnances, et fut complètement rétablie en .4-5 semaines. Elle demanda alors à rentrer en fonctions, et elle eut toutes les peines du monde à pouvoir retourner à son poste. On ne voulait pas croire à sa guérison. Elle se présenta au ministre, qui ne put assez admirer sa vaillante santé, ni assez s'étonner du certificat médical, qui la déclarait «incurable». Voilà 6 mois qu'elle enseigne de nouveau, qu'elle jouit de la meilleure santé et qu'elle peut très bien suffire à sa besogne. Je n'ai jamais pu savoir quelle maladie les médecins avaient cru trouver chez cette personne, consomption ou phtisie ; mais tous les symptômes indiquaient qu'elle allait devenir phtisique. Son frère était mort de cette maladie, et des souffrances absolument semblables, disait-elle, avaient précédé sa fin. Il était grandement temps de combattre le mal, et l'eau l'a combattu victorieusement.

Traitement. Passer beaucoup de temps à l'air frais, se promener fréquemment nu-pieds dans la rosée du matin, user de tous les bains froids, depuis les plus petits et les plus faibles jusqu'aux derniers et aux plus forts. A côté de cela des tisanes et une nourriture simple et substantielle.

Un homme de quahté raconte : « Je n'étais jamais -solide et en aucun temps je ne jouissais d'une santé

comme beaucoup d'hommes en possèdent une pendant toute leur vie. Néanmoins je pus terminer heureusement mes études et présider longtemps à mes fonctions. Depuis quelques années la situation est changée. Partout où j'arrive on me regarde d'un air douteux et bien souvent j'ai compris le chuchotement de mes amis : « Il ne fera plus long feu ! » La pensée de la mort m'est devenue familière, et je serais aveugle si je ne remarquais tous ces indices. Le teint frais de ma figure et toutes mes forces ont disparu. L'appétit, ce baromètre infaillible, indique suffisamment que la force vitale s'en va, que le ressort va sauter. Déjà je souffre d'une respiration bien pénible, et plus encore d'une toux qui effraie tout le monde : deux signes précurseurs de la catastrophe. Les médecins déclarent que je suis phtisique. Ils m'ont condamné depuis quelque temps, mais ils me conseillent encore d'aller à Méran, dans un climat plus doux. Pauvre diable! disais-je à moi-même, ce n'est pas chez toi, c'est à l'étranger que tu dois mourir! En voyage pour Méran j'entendis parler des effets de la cure d'eau, et -je demandai si l'eau pourrait avoir de l'action sur une nature aussi débilitée que la mienne. Vous pourriez faire un essai, me répondit-on. Le commencement ne fut pas facile. J'étais habillé chaudement, et pourtant j'avais toujours froid. Voilà que maintenant l'on me dit : La chemise de laine, que vous portez sur la peau, et le cache-nez à deux tours devront disparaître peu à peu. Je pensais : quel sera mon sort, quand j'aurai un vêtement fait plutôt pour rafraîchir que pour réchauffer? La pensée de l'eau froide me donna de la chair de poule. Elle vint, et les exercices commencèrent d'une façon prudente, excessivement

modérée ; c'est tout à fait autre chose que ce qu'on se figure, et qu'on entend dire. Chose curieuse : après 2 jours je pus déjà déposer un vêteiîient de laine, sans ressentir des suites préjudiciables; après 5 jours je sacrifiai le deuxième, et après 6-7 jours le cache-nez. Les applications d'eau m'amenèrent une agréable chaleur naturelle, qui grandit de jour en jour, pendant que la respiration pénible et la toux s'en allèrent. A mesure que le mieux se fit sentir, je devins de bonne humeur. Jadis on disait : Combien de temps vivra-t-il encore? Maintenant on dit: Mais comme il prospère! Le traitement dura 6 semaines. Contre l'attente et à la surprise de tous ceux qui m'avaient connu et vu autrefois, je ne pris pas le chemin du cimetière, mais je rentrai dans ma carrière avec une vie nouvelle. Je rendis grâce à Dieu pour ma guérison et pour le bienfait de l'eau, dans laquelle il amis tant de vertu curative. Je voudrais dire à tout le monde : Apprenez à connaître et à apprécier l'eau et ses effets, et vous échapperez à bien des incommodités dans votre pérégrination, vous serez beaucoup plus contents et plus heureux dans l'accomplissement de vos devoirs, dont dépendra la récompense dans l'autre monde.

«N'est-ce pas, ami lecteur, vous êtes curieux d'apprendre comment l'eau m'a été appliquée? De même qu'un jeune berger est mainte fois exposé à la pluie, soutient averse sur averse et s'endurcit de cette manière; ainsi le haut de mon corps reçut chaque jour 2 affusions supérieures ; dans le début l'irrigation ne durait qu'une demi-minute, plus tard une minute entière. Journellement je dus me promener nu-pieds dans l'herbe humide ou sur les dalles mouillées. Comme tout le monde, je m'imagi-

nais que ces procédés m'attireraient toutes les infirmités possibles. Bientôt j'éprouvais le plus grand bien-être et j'avais un plaisir extrême à me promener nu-pieds. L'automne approchait. Quand il tomba de la neige, j'eus hâte d'en profiter. N'est-ce pas horrible à entendre? Moi aussi je fus saisi d'un frisson, pendant que, pour la première fois, je déposai lentement les bas et les souliers. Courage! dis-je à moi-même, il n'y a qu'à hasarder pour être heureux : je hasardai une fois, et j'eus non pas moitié, mais tout gagné. Quel effet merveilleux! je ne m'y étais jamais attendu. Sur mon désir il me fut permis de réitérer souvent ce même exercice, et j'assure à tous les adversaires de l'eau que jamais de ma vie je n'ai éprouvé un si bon calorique, comme après ces parties de neige. Le froid vous pique sans doute un peu les pieds; mais après 2 ou 3 minutes il se développe une si douce chaleur, qu'on ne fait plus attention à la neige. Au bout de quelques jours je réussis à prolonger ces promenades jusqu'à 10 ou même 15 minutes; dans les commencements je m'étais retiré après 1 minute. Ce sont ces courses dans la neige qui ont, d'une manière extraordinaire, augmenté mes forces et diminué la gêne de la respiration. Quant au catarrhe, il ne s'en montra pas de trace. Si on m'avait jadis raconté de pareilles choses, j'aurai crié à la sottise, à la folie, au suicide. En attendant, je continuai mon traitement pendant quinze jours. Puis les promenades nu-pieds cessèrent, tandis que les affusions supérieures et inférieures augmentèrent de force, 1 ou 2 fois par jour. Au bout de 3 semaines environ l'organisme était remis en ordre ; mais, pour viser à un rétablissement parfait, je restai encore 3 autres semaines.

Enfin, au lieu d'aller à Méran et d'y mourir, je retournai à mes chers pénates et repris mes fonctions avec une ardeur juvénile. »

Voici un autre malade, qui vint me raconter : « Il me manque quelque chose dans la gorge et dans la poitrine. J'avais d'abord un bien rude catarrhe, puis j'ai perdu presque entièrement ma voix, pendant que je souffrais, des semaines entières, d'une violente cuisson à la gorge et à la poitrine et fréquemment de fièvre. J'ai consulté plusieurs médecins, qui m'ont donné toutes sortes de choses à inhaler. Cela m'a un peu soulagé, mais pas guéri. A l'heure qu'il est, je suis tout amaigri et il y a longtemps que je ne puis plus rien faire. Ce qui me convient encore, c'est la promenade; mais mes pieds sont continuellement froids. L'appétit est meilleur qu'autrefois.»

Traitement. 1) Chaque jour, 2 fois affusion de genoux et marche dans l'eau; 2) chaque jour, matin et soir, affusion supérieure ; 3) chaque jour, 2 petites tasses d'infusion de fenugrec; 4) tous les 2 jours, bain de siège froid d'une minute. — Continuer ainsi pendant 3 semaines.

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