G. UEAU PRISE EN BOISSON
Je dirai en peu de mots ma manière de voir dans cette question. Je préviens de deux extrêmes, c'està-dire de deux opinions qui excèdent la juste mesure. Il y a un certain nombre d'années, c'était à qui boirait le plus d'eau : celui qui en absorbait le plus grand nombre de litres, remportait la palme. Ingurgiter 8, 12, 16, 20 litres d'eau par jour, cela se voyait fréquemment; aujourd'hui encore plus d'un s'imagine que l'absorption de masses d'eau procure la santé. Je préfère, du reste, cette fantaisie à l'idée de croire qu'une quantité de 6, 8, 10 litres de bière n'est pas trop de liquide pour les aliments solides pris dans le courant de la journée.
Les gens de l'extrême opposé passent des semaines et des mois sans boire une goutte d'eau; car ils trouvent malsain de boire de l'eau, et ils se gardent bien de toucher au vin ou à la bière, pour la raison que les spiritueux sont des poisons.
Comme les hommes perdent quelquefois le sens commun, se privent de tout jugement sain, renient le sentiment naturel et l'instinct, auxquels les bêtes obéissent à l'aveugle ! Est-ce raisonnable ?
L'horloge, quelques minutes avant de sonner, donne un signe. Est-ce donc que le grand Maître, notre Créateur, a fait du bousillage, une œuvre incomplète? Ou sont-ce les hommes qui ont mis le désordre dans son ordre admirable? Oui, certes. Le Créateur infiniment sage laisse la faim et la soif donner le signal, quand il faut manger, quand il faut boire. Le corps humain, cette horloge parfaite, irait et sonnerait très bien, si n'était la sottise des hommes,
qui jette du sable, des ordures et d'autres superfluités dans le rouage et trouble ainsi ou détruit peut-être sa marche régulière.
Quand les animaux domestiques et les animaux sauvages sentent la faim, il vont à la recherche de leur nourriture ; quand la soif se manifeste , ils courent à la source limpide. Sitôt que le besoin est satisfait, ils cessent de boire et de manger, ne touchent plus à rien.
C'est de la même façon que, dans la vie bien réglée, se conduit l'homme qui n'est pas gâté, qu'il soit malade ou bien portant.
Voici, par conséquent, notre principe unique et souverain en cette matière, un principe précieux que chacun devrait suivre : Allez boire toutes les. fois que vous avez soif, et ne buvez jamsâs trop.
Je connais des personnes qui, toute la semaine peut-être, ne boivent pas une goutte d'eau, tandis que d'autres prennent au déjeûner leur verre d'eau traditionnel et s'en contentent pour toute la journée. Ils n'ont jamais soif, et cela s'exphque par le fait que le corps reçoit journellement une certaine quantité d'eau renfermée dans les aliments. Si nous faisons abstraction des grands échaufîements de l'été ou des ardeurs intérieures qui annoncent d'ordinaire une maladie, il faut avouer que la soif proprement dite visite rarement la plupart des hommes, et c'est pour moi toujours un mystère, comment tant d'hommes peuvent néanmoins, sans en éprouver le besoin, inonder leur estomac. Cela ne se fait pas impunément. ^
1 Disons aussi un mot de la boisson à table, surtout au repas principal de midi. Cette observation regarde moins les gens de la campagne que les personnes de la ville et de la haute
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Buvez toutes les fois que vous avez soif, et ne buvez jamais trop. Les paysans n'aiment pas les averses ; ils prétendent qu'elles ne sont pas fécon-
volée. < Boire dans le manger », comme on dit, cela n'est pas bon. Je connais des médecins, surtout ceux de Tancienne école, qui le déconseillent aux hommes bien portants et le défendent formellement à leurs malades. Si vous regardez et que vous sachiez profiter de l'expérience, vous saurez que tous ceux qui, à table, boivent beaucoup d'eau, de bière ou autre chose, en un mot, tous les buveurs, ont toujours à se plaindre de mauvaise digestion. Cela n'est pas possible autrement : que voulez-vous ?
Pendant qu'on mâche la nourriture dans la bouche, elle est ou doit être mêlée et pénétrée de la salive, qui est produite à cette fin par des glandes spéciales. Il ne serait pas prudent d'avaler quelque chose de solide, c'est-à-dire de l'introduire dans l'estomac, avant que le travail préparatoire si important de la mastication soit fait et bien fait. Dans l'estomac les aliments ainsi préparés sont imbibés du suc gastrique. Plus ce suc est pur, bon et naturel, plus aussi la digestion et ses résultats seront favorables, c'est-à-dire plus les sucs et les substances nutritives, apprêtés par la digestion et mis à la disposition de la nature, seront propres à l'élaboration et au perfectionnement des différentes parties constitutives du corps.
Or, si quelqu'un absorbe un aliment et l'arrose alors d'un liquide, que ce soit de l'eau, du vin ou de la bière, cet aliment ne sera plus pénétré d'un suc gastrique tout pur, puisqu'il s'y trouve mêlée une quantité plus ou moins considérable d'eau, de vin ou de bière.
Si pendant le repas vous répétez 6-8 fois cet arrosement, vous détrempez d'un côté le suc gastrique au point qu'il ne peut plus servir à féconder la digestion, et d'autre part vous gorgez l'estomac d'un bol alimentaire mélangé de 6-8 manières différentes, qui, au lieu de vous nourrir, sera pour vous un
dantes et qu'elles font plus de mal que de bien. Ils affirment, au contraire, que les épais brouillards du matin, qui humectent les chapeaux des travailleurs, sont plus favorables, parce qu'ils contribuent à la végétation et augmentent les produits.
Le corps humain, en particulier l'estomac, a besoin de fluides, pour raréfier et multiplier de temps à autre le suc gastrique, et pour maîtriser ainsi tout le contenu solide. Il manifeste ses désirs, en demandant doucement un peu d'eau, ou en demandant énergiquement à boire beaucoup, suivant les besoins qu'il éprouve. Il faut l'écouter toujours, qu'on soit malade ou bien portant, mais ne jamais lui donner plus que de raison, de petites quantités dans des intervalles convenables ; à l'état de maladie, notamment dans la fièvre, on fait bien de lui en donner souvent, mais peu, p. ex., une cuillerée toutes les 5
tourment. Plaignez-vous alors de mauvaise digestion ! C'est l'estomac qui devrait se plaindre !
Mais alors, comment régler la boisson ? Si, avant le repas, vous avez soif, eh bien ! buvez. C'est x^ar la soif que se manifeste le manque de suc. D'ailleurs, le liquide sécrété par l'estomac est épais et supporte une raréfaction.
Pendant le repas il ne faut pas boire ou du moins boire très peu, pour que le fluide gastrique reste pur et pénètre la dernière bouchée de nourriture absorbée.
Un certain espace de temps après le repas s'étant écoulé, et l'élaboration du bol alimentaire demandant de nouveau du liquide gastrique, en d'autres termes, si au bout de 1, 2 ou 3 heures vous avez soif, alors vous pourrez de nouveau boire avec modération.
Je me suis entretenu sur ce point avec plusieurs médecins distingués. Tous partagent mon avis et attribuent les nombreux maux d'estomac, en grande paitio, aux excès commis à cet égard.
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OU 10 minutes, plutôt qu'un verre entier en une fois, ce qui, au lieu d'étancher la soif, ajouterait au mal existant de nouvelles incommodités.
Terminons par un exemple de mon procédé. Quelqu'un souffre de constipation, une grande chaleur torture le bas-ventre, une soif ardente brûle le pauvre malade ; il pourrait, dit-il, boire 2, 3, 4 verres d'eau, coup sur coup; c'est comme si on les versait dans une fournaise. Je le crois volontiers; la masse d'eau arrive dans l'estomac et, sans toucher à la partie malade et sans y exercer une influence favorable, voyage rapidement à travers le corps, entraînant avec soi une quantité notable de suc gastrique, qui pourtant serait indispensable. Au lieu de donner au malade tant de verres d'eau, faites lui donc boire une cuillerée d'eau toutes les demi-heures, et vous obtiendrez un résultat tout autre, résultat d'un traitement raisonnable.
La petite quantité d'eau est promptement absorbée par le suc gastrique et se mélange facilement avec lui. La répétition de demi-heure en demi-heure donne un suc plus abondant, qui, dans sa circulation régulière, rafraîchit le corps, parcourt les entrailles et, par son action émolliente et résolutive, met rapidement fin aux stases et aux constipations. Des personnes innombrables ont, à cet égard, suivi mou conseil, et leur infirmité a disparu, en peu de temps. Probatiim est!
De nos jours on a écrit et parlé beaucoup des effets de l'eau chaude prise en boisson (30-35° R., température du café et du thé), surtout dans les maladies chroniques. Moi-même j'en ai obtenu de bons résultats chez un grand nombre de malades. Honneur à qui honneur est dû ! Si quelqu'un se mêle de
louer l'eau chaude aux dépens de l'élément froid, qui oserait le juger ou même le condamner? C'est une affaire de goût. En attendant, l'expérience m'a appris que l'eau fraîche et vive (non morte) rend les mêmes, sinon de meilleurs services. Pour ma part, je la préfère à l'eau tiède ou chaude. Que chacun choisisse suivant ses goûts !
PHAEMACIE.
Benedicite, univei'sa germinantia in terra, Domino!
Plantes qui naissez de la terre, bénissez toutes le Seigneur !
(Dan. ht, 76.)
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