De quelle manière s'effectue la guérison
Le bon chasseur reconnaît la bête à ses traces dans la neige; il suit la piste, s'il veut chasser le cerf, le chamois ou le renard. Un médecin habile trouve bien vite le siège du mal, son origine, son étendue. Les symptômes lui indiquent la maladie, laquelle, à son tour, détermine les remèdes. C'est bien simple , dira-t-on ! Oui et non. Voici quelqu'un qui a les oreilles gelées ; je sais de suite que c'est le fait du froid ; en voilà un autre assis près d'une meule en mouvement; si tout à coup quelques doigts écrasés lui arrachent des cris de douleur, je n'irai pas lui demander où il a mal au juste. La chose n'est plus aussi simple lorsqu'il est question même d'un vulgaire mal de tête, mais surtout de maux d'estomac, de nerfs, de cœur et autres, dont les causes peuvent être multiples et qui proviennent souvent des maladies des organes voisins. Un brin de paille arrêterait le pendule de la plus grande horloge. La moindre bagatelle peut jeter l'âme dans la plus poignante inquiétude. Trouver la bagatelle de suite, l'art est à ce prix. Cette recherche est quelquefois très compliquée et donne lieu à toutes sortes d'er-
reurs. On en trouvera des exemples dans la troisième partie de ce livre.
Un coup de pied , un coup de hache sur le tronc d'un chêne encore jeune, fait trembler le tronc, toutes les branches, et toutes les feuilles. Quelle erreur, si je me disais: La feuille tremble, donc elle a dû être touchée par quelque objet ! Non , c'est le tronc qui a tremblé et fait trembler ainsi chaque branche et chaque feuille, qui font partie du tronc. Les nerfs sont comme les branches du corps humain. «Il souffre des nerfs, ses nerfs sont attaqués.» Qu'est-ce que cela signifie ? Non , l'organisme tout entier a reçu un coup , a été affaibli ; c'est pourquoi les nerfs se mettent à trembler.
Coupez délicatement dans une toile d'araignée un fil allant du centre à la circonférence , toute la toile se ratatine , et , à la place de ces merveilleux rectangles et triangles tracés comme au compas , vous n'avez plus que des figures informes. Quelle folie, si je raisonnais ainsi : Voilà une toile bien entortillée; l'araignée a dû s'oublier et commettre des fautes considérables au tissage de ce filet ! Tendez de nouveau le petit fil et tout sera dans un ordre admirable, comme auparavant. Chercher et retrouver cet unique petit fil, c'est l'art. Mais s'empêtrer dans le tissu, c'est le détruire entièrement. La morale de cet exemple est abandonnée à chacun ; moi je conclus en répondant directement à notre question : Quelle simplicité, quelle facilité, et même quelle sécurité contre toute erreur dans l'œuvre de la guérison, pour qui sait chercher la source de toute maladie dans quelque loerturhation du sang. L'œuvre de la guérison ne peut avoir que ce double but : ou bien rendre à la circulation du sang son mouvement
normal et régulier^ ou bien dégager le sang de tous les mauvais éléments qui l'altèrent et le corrompent. En dehors de cela, et sauf le soin de rendre à l'organisme sa vigueur, il n'y a rien à faire.