‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 7 sur 200 · Comment l'eau produit-elle la guérison · texte numérisé non relu

Comment l'eau produit-elle la guérison

L'eau enlève rapidement la tache d'encre de la main ; elle lave la blessure sanglante. Quand en été, après une journée d'un fatigant travail, vous vous lavez avec de l'eau fraîche la figure couverte de sueur et de poussière, vous vous sentez revivre; cette lotion vous rafraîchit , vous réconforte , vous soulage. Une mère voit la tête de son enfant couverte de crasse et de croûtes durcies ; elle la nettoiera avec de l'eau chaude ou même avec de la lessive.

Résoudre, éliminer, réconforter, voilà trois propriétés de Veau qui nous suffisent , et nous posons ce principe :

L'eau, spécialement notre méthode, guérit toutes les maladies généralement guérissables ; car toutes ses applications tendent à extirper les racines de la maladie, et sont à même :

1^ de résoudre les principes morbifiques du sang;

2° d'éliminer ce qui a été résous ;

^° de rendre une circulation régulière au sang ainsi purifié ;

4*^ de fortifier enfin et de raviver l'organisme affaibli.

4. D'où vient cette délicatesse de la génération actuelle; et cette étonnante prédisposition à toutes les maladies possibles,

dont quelques-unes jadis n'étaient pas même connues de nom?

Bien des gens me dispenseraient de soulever cette

question. Cependant j'y attache une grande importance, et je n'hésite pas à dire que ces fâcheux inconvénients proviennent du défaut d'endurcissement corporel. La mollesse de nos contemporains va très loin. La délicatesse, la débilité, le sang appauvri, les nerfs affectés , les maladies de cœur et d'estomac, sont presque la règle, tandis que la vigueur et la santé sont devenues l'exception. On est très sensible à tout changement de temps ; on ne passe pas d'une saison à l'autre sans rhume de cerveau, sans catarrhe ; même le froid de la rue et la chaleur de la chambre ne se succèdent pas impunément, etc. . . . C'était encore tout autre chose il y a cinquante ou soixante ans; où allons-nous donc, si, suivant les plaintes de tous les hommes réfléchis, la vigueur et la longévité baissent avec une rapidité effrayante, si la langueur commence déjà là où la force vitale est encore à se développer. Il est grandement temps d'aviser.

Afin de remédier tant soit peu à un pareil état de choses, nous ajouterons à nos applications hydrothérapiques quelques moyens^ peu nombreux^ mais sans danger, propres à endurcir la peau^ tout le corps et certaines parties du corps en particulier. Ces moyens ont été adoptés par un grand nombre de personnes de toutes conditions ; on en riait d'abord, mais on a fini par se rendre à l'évidence du succès. Vivant sequentes !

Il y aurait des chapitres tout aussi importants à écrire sur la nourriture , le vêtement et l'aération. Nous en parlerons une autre fois. Je le sais bien, mes opinions personnelles seront vivement attaquées. Je les maintiens quand même, car elles sont le fruit 'd'une très longue expérience. Ce ne sont pas des champignons qui ont poussé dans le cerveau

pendant la nuit, mais des fruits de choix, durs et acerbes au goût du préjugé , mais savoureux au goût du bon sens.

Ma granderègle dans raiimentaïzon est la suivante, je ne veux que l'indiquer : une nourriture commune, sèche, simple, fortifiante, peu épicée, et sans recherche; la boisson non frelatée, que le bon Dieu fait jaillir de toutes les sources; voilà ce qui, pris avec mesure, vaut le mieux pour le corps humain. (Je ne suis pas un puritain, et j'accorde volontiers un verre de bière ou de vin, mais je suis loin de leur donner l'importance qu'on se plaît à y attacher généralement, au point de vue médical; par exemple, après une maladie, ces boissons peuvent jouer un rôle parfois ; mais, dans l'état de bonne santé, je donne une haute préférence aux fruits.)

« Les habits les meilleurs sont ceux que nous tissons, que nous faisons nous-mêmes. « Ce principe de nos ancêtres est aussi le mien. Je vois surtout un grand inconvénient dans cette inégale distribution des vêtements sur le corps humain , particulièrement en hiver. Sur la tête un bonnet de fourrure, le cou serré d'une forte cravate et en outre enveloppé dans un long cache-nez de laine ; les épaules couvertes trois ou quatre fois ; le pardessus ou même le col de fourrure quand on sort; seuls les pieds, ces pauvres délaissés, ont toujours, en hiver comme en été, les chaussettes ou les bas, les souliers ou les bottes. Quel est le résultat de cette partialité insensée? Cette épaisse enveloppe qui recouvre le haut du corps est comme une pompe, faisant monter l'eau, le sang et la chaleur, tandis que les parties inférieures restent pauvres de chaleur et de sang ; c'est ce qui explique bien des maux de tête , les con-

gestions , la dilatation des veines de la tête , et mille autres maux. En outre, je suis contre les habits de laine en contact immédiat avec le corps ; j'aime bien mieux la toile sèche et solide de lin ou de chanvre, comme second épidémie ; elle n'amollit pas la peau, mais lui procure de bonnes frictions. Le tissu épais , velu et graisseux de la laine, en contact avec la peau nue, absorbe les humeurs, la chaleur, et à ce titre il est pour beaucoup dans la terrible anémie de notre pauvre et misérable génération. Le nouveau système de laine n'arrêtera pas le mal. Ceux qui sont jeunes le verront et survivront au système.

Je viens à l'aération. Le poisson qui vit dans l'eau de source, surtout la truite des hautes vallées, a notre préférence ; le poisson de rivière a moins notre estime; le poisson des marais au goût répugnant est facilement abandonné. Il y a aussi l'atmosphère des marais. L'aspirer, c'est infecter le poumon. L'air aspiré pour la troisième fois est un poison, suivant un médecin distingué. Si on le comprenait bien, et surtout si l'on s'appliquait à mettre dans la chambre d'habitation et en particulier dans les chambres à coucher un air aussi pur, aussi frais et aussi oxygéné que possible, on s'épargnerait bien des maladies. L'air est corrompu principalement par la respiration. Nous savons très bien qu'un ou deux grains d'encens jetés sur le feu suffisent pour embaumer toute une chambre; nous savons aussi qu'il ne faut que quinze à vingt bouffées d'un cigare où d'une pipe pour remplir un grand espace de l'odeur du tabac. Une bagatelle , un rien suffit parfois pour corrompre l'air pur d'une manière ou de l'autre , agréable ou désagréable. Est-ce que la respiration ne ressemble pas à une pareille fumée ?

Combien de fois aspirons et respirons-nous l'air en une minute, en une heure, le jour, la nuit! — Combien l'air pur doit-il s'altérer, quoique nous ne le voyions pas! Et si je n'aère pas, c'est-à-dire, si je ne renouvelle pas cette atmosphère chargée d'acide carbonique (gaz nuisible), quels miasmes malfaisants vont pénétrer dans mes poumons ! Les suites ne peuvent être que funestes.

Comme la respiration et l'évaporation , une trop grande chaleur, surtout dans les chambres, exerce une action préjudiciable sur l'air pur et sain, le corrompt, et le rend nuisible à la vie, en lui enlevant son élément vital, l'oxygène. De 12 à 14 degrés Réaumur suffisent, 15 degrés ne doivent jamais être dépassés.

Il faut donc avoir soin de bien aérer tous les appartements habités le jour ou la nuit; il faut le faire tous les jours, sans y manquer jamais, dans une mesure qui ne moleste personne , et profite à la santé de tous. Avant tout il est nécessaire d'aérer les lits.

J'ai dit maintenant tout ce qui m'a semblé devoir être dit dans cette introduction. C'est assez pour donner une idée de l'étranger qui vient frapper à votre porte. A vous de l'introduire en ami, ou de le renvoyer sans l'avoir entendu. Mais quel que soit l'accueil qu'on me fera, je resterai content.

PEEMIÈEE PAETIE.

APPLICATIONS DE L'EAU

Aquœ omnes,., ïaudent nomen Bomini!

«Que toutes les eaux bénissent le nom du Seigneur!»

(Ps. cxLvm, 4.)

NOTIOIS GEIERALES.

^■^^ES différentes applications d'eau, quejepraticfue '^M et que j'explique dans cette première partie, jM sont les suivantes :

L'eau s'emploie : 1° en compresses, 2° en laains, 3° en vapeurs, 4'' en affusions, 5^* en lotions, 6° en emmaillottements, 1° en boisson.

Les subdivisions de chacune de ces applications se trouvent indiquées en tête des chapitres. Les dénominations et les procédés moins connus seront expliqués en temps et lieu.

En raison de leur nature, les maladies prennent naissance dans les perturbations du sang, causées soit par une circulation irrégulière et défectueuse, soit par la présence d'éléments étrangers et morbiiîques. Basée sur ce principe, notre méthode a le triple but de i^ésoudre les substances morbides, de les éliminer du corps humain et de fortifier l'organisme.

La résolution se fait en général par tous les bains de vapeur et par le bain chaud entier aux herbes ; tous les emmaillottementSy en partie les affusions et les compresses, servent à éliminer; enfin tous les

bains froids, toutes les affusions, en partie les lotions, et puis tous les moyens d'endurcir le' corps, ont le but de fortifier l'organisme.

Je ne veux pas entrer ici dans les détails, afin de ne pas occasionner des malentendus.

Toute maladie ayant sa source dans les perturbations du sang, dont il a été question plus haut, la nécessité s'impose, pour tout cas de maladie, d'employer l'eau dans toutes ses trois fonctions, c'est-àdire dans les différentes applications qui servent à résoudre, à éliminer, à fortifier dans une mesure plus ou moins grande. En outre, ce n'est pas la partie malade seule, soit la tête, le pied ou la main, qui doit être traitée, mais le corps tout entier, qui, dans un cas pareil, est nourri d'un sang malade ; sans doute les meilleurs soins seront réservés à la partie souffrante. On aurait bien tort d'agir autrement dans ces deux points si importants. Bien des exemples dans la troisième partie viendront justifier mon assertion.

Pour qui emploie l'eau suivant ma pensée et mon désir, l'application ne sera jamais le but; c'est-àdire, il ne la pratiquera pas par caprice, il ne s'abandonnera pas à la manie, à la rage de multiplier à tort et à travers bains de vapeur, affusions, maillots, rien que pour son seul et unique plaisir. Un homme intelligent n'y verra qu'un moyen d'arriver au but. Il sera heureux d'y arriver par l'application d'eau la plus légère possible ; car il ne cherchera qu'à briser les chaînes de la maladie et à seconder les efforts de la nature, afin de rendre à celle-ci la liberté et l'indépendance nécessaires à son travail régulier. Ce but atteint, la main secourable se retire volontiers.

Cette observation est importante, mais sa mise en pratique est plus importante encore. Rien n'est plus propre à jeter le discrédit sur l'eau employée comme remède, que son usage indiscret et immodéré, déraisonnable, dur et sévère. Il y en a qui prétendent connaître à fond l'hydrothérapie, mais qui, par leurs interminables enveloppements et leurs terribles bains de vapeur, effarouchent tout homme malade ; eh bien ! ce sont ceux-là, ceux-là seuls, qui font le plus grand mal, et un mal presque irréparable. Je n'appelle pas cela utiliser l'eau dans un but médical ; c'est, au contraire, faire honte à l'eau.

Si l'on connaît bien l'action de l'eau et la grande diversité de ses applications, on est en possession d'un remède qui ne sera jamais surpassé par nul autre. Aucun remède n'a des effets plus variés que l'eau. Dans la création, elle commence par être un atome invisible d'air et de vapeur, puis elle se convertit en gouttes et finit par devenir l'océan, qui couvre la plus grande partie du globe. C'est là un signe indicateur pour tout hydropathe, que chaque application de l'eau, à l'état de liquide ou de vapeur, est susceptible d'une énorme variété de forme et d'intensité, et que par conséquent, dans chaque cas particulier, ce n'est pas au patient de s'accommoder

aux maillots, aux bains de vapeur, etc , mais à

l'application de l'eau de se conformer aux besoins du patient.

C'est au choix des applications qu'on reconnaît le maître. Celui-ci, sans que cela paraisse, cherchera à connaître exactement l'état de son malade. Un premier coup d'oeil lui découvrira les affections secondaires ou accessoires, qui surgissent, comme des champignons vénéneux, du siège de la maladie.

Elles lui feront connaître bien vite, en règle générale, le foyer et la nature du mal principal. On demande, on examine quels progrès a déjà faits la maladie, quels ravages elle a déjà exercés. Puis on regarde le malade lui-même, pour savoir s'il est vieux ou jeune, faible ou fort, maigre ou replet, anémique,

nerveux, etc Tous ces détails et d'autres encore

vous donnent l'image exacte de son état pathologique, et alors seulement on songe aux remèdes, qu'on appliquera suivant le principe : Plus vous procédez avec douceur et ménsigement, plus les résultats seront heureux.

Plaçons ici encore quelques observations concernant toutes les applications d'eau en général.

Aucun traitement par l'eau ne saurait être nuisible, pourvu qu'on suive les règles prescrites.

La plupart de ces traitements s'effectuent moyennant l'eau froide, puisée à la fontaine, à la source ou à la rivière. Dans tous les cas où l'on ne prescrit pas formellement l'eau chaude, c'est toujours de l'eau froide qu'il s'agit. En cela je me tiens au principe expérimental : Plus l'eau est froide, mieux elle vaut. En hiver, je mélange même de la neige avec l'eau destinée aux affusions des personnes bien portantes. Ne me reprochez pas de la rudesse, songez plutôt à la durée si minime de mes applications d'eau froide. Quiconque a osé faire seulement un essai, celui-là aura jeu gagné, et il déposera tous ses préjugés. Néanmoins je ne suis pas inexorable.

Aux personnes qui débutent dans l'hydrothérapie, à celles qui sont faibles par suite du jeune ou du grand âge, aux vieillards, aux malades qui ont horreur du froid, qui ne possèdent que peu de chaleur propre, qui sont anémiques ou nerveux — à toutes

ces personnes je permets volontiers, surtout en hiver, un local chauffé (14-15° R.), pour recevoir les bains et les affusions, ainsi que l'emploi d'eau tiède au début du traitement. Ce n'est pas avec le vinaigre, mais avec le miel qu'on prend les mouches.

Dans chaque application d'eau chaude sont indiqués spécialement le degré de chaleur voulu suivant les divisions du thermomètre de Réaumur (désigné par R.), la durée du traitement, etc

Quant au traitement par l'eau froide (expliqué et décrit plus au long dans la 3® partie), voici en peu de mots quelques indications relativement à la conduite à tenir avant, pendant et après l'application.

Il ne faut jamais, quand on éprouve du froid, un, frisson quelconque, employer un traitement à l'eau froide, quand cela n'est pas spécialement et expressément permis dans le cas donné ; et quand on l'emploie, il faut le faire le plus vite possible (mais sans peur et sans précipitation), ne point perdre de temps en déposant ses habits, en les reprenant, en les

nouant, en les boutonnant, etc Cette dernière

besogne pourra être faite, quand le corps tout entier sera convenablement couvert. Le bain froid entier, pour citer un exemple, ne doit pas durer au delà de 4-5 minutes, y compris le temps qu'il faut pour se déshabiller, se baigner et se rhabiller. Il est bon d'avoir en cela quelque pratique. Quand dans un traitement il est dit «1 minute», cela exprime la plus courte durée; quand il est dit «2-3 minutes», le froid doit agir avec plus de force, mais pas durer au delà de cet espace de temps. ^

^ Aux personnes de la campagne, qui ne sont pas en pos' session d'une montre, je conseille toujours de compter deus^ Tater pour une minute.

Après une application froide, quelle qu'elle soit, il ne faut jamais essuyer le corps, excepté la tête et les mains (ces dernières pour ne pas mouiller les habits). On recouvre immédiatement le corps mouillé de la chemise sèche et des autres effets d'habillement en toute hâte, pour le soustraire complètement à l'air extérieur. Cette manière de faire paraît singulière à beaucoup de personnes, puisqu'elles s'imaginent que de cette façon on reste mouillé toute la journée. Qu'elles fassent donc un essai, avant de porter leur jugement. Elles sentiront bientôt pourquoi l'on fait bien de ne pas s'essuyer. Essuyer c'est frotter, ce qui ne peut pas se faire d'une manière égale sur tous les points et, par conséquent, engendre une chaleur inégale sur la surface cutanée, circonstance très importante, moins chez les personnes bien portantes que chez les personnes malades et faibles. Ne pas s'essuyer, c'est amener rapidement une chaleur naturelle très régulière et uniforme. C'est comme si on projetait de l'eau dans le feu : la chaleur propre du corps utilise l'eau, qui adhère à la surfuce extérieure, pour en former promptement une chaleur plus grande, plus intense. Encore une fois, faites-en l'expérience.

Par contre, nous ordonnons strictement que, au sortir de chaque apphcation d'eau, après s'être habillé, l'on se donne du mouvement (en se promenant ou en travaillant), jusqu'à ce que toutes les parties du corps soient complètement séchées et revenues à la chaleur normale. Le mouvement sera d'abord plus actif, puis, quand la chaleur revient, plus lent. Chacun sentira lui-même quand la chaleur normale est revenue et quand le mouvement pourra cesser. Les personnes qui s'échauffent vite et transpirent

facilement devront, au début, marcher lentement et plutôt prolonger la promenade, mais ne jamais s'asseoir, pas même dans une chambre chaude, quand elles sont échauffées ou couvertes de moiteur. Un catarrhe en serait la suite inévitable.

Une règle générale, qui peut compter pour tout le monde, c'est que la plus petite durée du mouvement, à la suite d'une application d'eau, doit être d'un quart d'heure au moins ; peu importe comment on le passe (en lisant, en travaillant, etc.).

Quand nous prescrivons des fomentations qui exigent le lit, comme les compresses et les maillots, nous l'indiquons en temps et lieu; de même aussi ce qui est propre à chaque opération. Si quelqu'un s'endort durant l'application, il faut le laisser dormir et se reposer tranquillement, lors même que le temps prescrit serait écoulé. La nature elle-même lui sera son horloge à réveil.

S'agit-il de linges, c'est toujours une toile grossière et solide que je prescris. Si les gens simples et pauvres n'ont que du coutil usé, qu'un vieux sac fait de toile de chanvre, ils n'y perdent rien. Pour les ablutions du corps, qui reviennent souvent, l'on peut se servir très bien d'un morceau de grosse toile de chanvre ou de lin.

Pour les raisons indiquées dans l'introduction, je n'approuve pas la méthode moderne de couvrir la peau de laine ou de flanelle. L'étoffe de laine, par contre, me sert à envelopper, par exemple, les maillots froids. Elle développe promptement une chaleur abondante, et sous ce rapport rien ne l'emporte sur elle. Pour le même motif je recommande, dans ces sortes d'apphcations, le lit de plumes comme couverture.

Les frictions, qui consistent à frotter, à brosser ou à exercer une autre action violente sur la peau, ne trouvent point de place dans ma méthode. Leur premier but, celui de réchauffer, est atteint chez moi, d'une manière plus égale et plus uniforme, par le fait de ne pas s'essuyer, tandis que le second but, celui d'ouvrir les pores et de stimuler la peau, est rempli par la chemise de grosse toile, et cela avec l'avantage que celle-ci n'agit pas durant quelques minutes, comme la brosse, mais jour et nuit, sans efforts et sans perte de temps. Quand de fois à autres je parle d'ablution énergique, j'entends simplement une ablution rapide de toute la partie malade, qui est à traiter. L'essentiel n'est pas d'être frotté^ mais d'être lavé.

Encore un point. Le traitement appliqué le soir, avant le coucher, ne convient pas à la plupart des hommes, puisqu'il les excite et qu'il chasse le sommeil prêt à s'approcher; chez d'autres, au contraire, une douce application dans la soirée procure un sommeil tranquille. Je ne recommande donc pas en général ces applications, mais je conseille à chacun d'agir en cela suivant ses goûts et suivant son expérience, puisqu'il a, lui seul, à en supporter les suites.

Quant aux connaissances requises pour chaque application en particulier, je renvoie à toute la première partie de ce livre, et quant à l'usage de l'application pour les malades, je renvoie à toute la troisième partie. C'est là aussi qu'on trouvera quelles applications constituent un traitement complet et indépendant, et lesquelles ne forment qu'un traitement partiel, auquel il faut ajouter d'autres applications, puis également quelles applications (bains de vapeur] exigent de la circonspection.

Je termine cette partie générale en exprimant le vœu que les applications d'eau réconfortent beaucoup de personnes bien portantes et guérissent beaucoup de malades.

Je vais maintenant énumérer les moyens d'endurcir le corps, et traiter ensuite, en détail, la question des applications d'eau que ma méthode met en usage

MOYENS DE S'ENDURCIR

M'^OMME moyens d'endurcir le corps nommons : ^^ 1° la promenade nu-pieds ; 2*' la promenade dans l'herbe humide; 3*" la promenade sur les dalles mouillées ; 4*" la promenade dans la neige nouvellement tombée; b" la promenade dans l'eau froide ; 6° le bain froid des bras et des jambes, et T l'affusion des genoux (avec ou sans l'affusion supérieure).

1° Aller nu-pieds, voilà le moyen d'endurcissement le plus naturel et le plus simple.

Cela peut se faire de diverses manières, suivant l'âge et la condition des personnes.

Les tout petits enfants, abandonnés encore aux soins d'autrui, engagés dans les maillots, retenus dans la chambre ou portés sur les bras de leurs bonnes, ne doivent, autant que possible, jamais avoir de chaussure. Puissé-je à tous les parents, surtout aux mères trop soucieuses, inculquer ce précepte comme règle fixe et invariable ! Les parents, imbus de préjugés contre l'hydrothérapie, devraient au moins avoir pitié de leurs mignons et leur procurer une chaussure telle que l'air frais puisse facilement pénétrer jusqu'à la peau.

Les enfants qui peuvent marcher, ceux-là savent

MOYENS DE s'eNDURCIR. 29

déjà se tirer d'affaire. Sans égards pour personne, ils jettent les souliers et les bas, qui gênent leurs pieds, surtout au printemps, et il se sentent heureux de pouvoir faire cela dans leurs ébats. Parfois ils blessent l'un ou l'autre orteil, ce qui ne les empêche pas de marcher de nouveau pieds nus. Les enfants suivent en cela l'instinct de la nature, sentiment que nous autres, à notre âge, nous éprouverions aussi, si l'éducation et l'étiquette, qui nous enlèvent le naturel, en voulant tout jeter dans un même moule, ne nous avaient pas ravi, sous plus d'un rapport, le sens commun.

Les enfants des pauvres sont rarement privés de leur bonheur, bonheur que ne partagent pas au même degré les enfants des riches et des gens de condition; et, certes, le sentiment est le même chez les uns comme chez les autres. J'ai observé un jour les fils d'un employé supérieur : sitôt qu'ils se crurent hors de la portée des yeux d'Argus de leur rigide papa, voilà que leurs fines pantoufles et leurs bas bigarrés sautèrent par-dessus une haie, et les garçons de sauter nu-pieds et de s'ébattre dans un pré d'une luxuriante verdure. Leur maman, une femme de bon sens, ne vit pas cela de mauvais œil; mais le père remarquait-il ses princes dans cette tenue inconvenante, il ne manquait jamais de leur faire une longue mercuriale et un sermon plus long encore sur l'éducation et le sentiment d'honneur, en rapport avec le rang et la dignité. Les chéris en avaient chaque fois le cœur tellement touché, que, le jour suivant, ils se hâtaient de folâtrer plus joyeusement encore dans la même herbe. Encoreune fois, laissez donc aux enfants, que cette éducation vicieuse du monde n'a pas encore atteints, leur plaisir et leur bonheur!

Les parents plus intelligents, qui voudraient bien permettre tout cela à leurs enfants, mais qui, demeurant en ville, n'ont pas à leur disposition un jardin ou une pelouse, pourront leur accorder, de temps à autre, une promenade pieds nus dans une chambre, dans un corridor, etc.. Les pieds, non moins que les mains et le visage, sont heureux de respirer quelquefois librement, de se délecter à l'air frais, de se mouvoir dans leur élément.

Les adultes des classes indigentes, surtout à la campagne, n'ont pas besoin d'encouragement à cet égard : ils vont souvent nu-pieds et ne portent point envie au richf citadin de ses chaussures mieux conformées, vernies ou chamarrées, mais qui sont un tourment perpétuel des pieds. Bien sots les gens de la campagne qui imitent les façons de ceux de la ville, et qui se gênent de faire comme leurs semblables! Ils sont punis par leur vanité elle-même. Les vieilles modes sont les meilleures : tenez aux bonnes traditions du passé. Au temps de ma jeunesse tout le monde, à la campagne, allait nu-pieds : petits et grands, père et mère, frère et sœur. Le chemin de l'école et de l'église était long ; les parents nous donnaient un morceau de pain et quelques pommes pour le voyage, de même aussi des bas et des souliers pour chausser les pieds. Mais cette chaussure pendillait aux bras ou aux épaules, jusqu'au moment où l'on entrait à l'école ou à l'église, non seulement en été, mais aussi dans la saison plus rigoureuse. Quand au commencement du printemps la neige, dans les montagnes de mon pays, faisait mine de se retirer, nos pieds nus avaient hâte d'imprimer leurs traces dans la terre imbibée d'eau, et nous nous sentions contents, joyeux et heureux.

Les personnes adultes des villes, surtout les personnes de haute volée, ne peuvent pas faire ces exercices-là, c'est clair. Quand, dans leurs préjugés, elles sont arrivées au point qu'elles craignent de gagner un rhumatisme, un catarrhe, un mal de gorge ou autre chose de ce genre, sitôt qu'en déposant ou en reprenant les habits elles viennent à toucher un peu de leurs pieds le plancher nu du salon, au lieu de se tenir sur un tapis chaud et moelleux, alors je les laisse complètement tranquilles. Si néanmoins l'un ou l'autre voulait faire quelque chose pour s'endurcir, qu'est-ce qui l'empêchera, le soir avant de se coucher, ou le matin après le lever, dé" faire une promenade de ce genre pendant 10, 15 ou 30 minutes? Pour que la transition subite ne soit pas trop sensible, l'on pourrait, les premières fois, mettre les bas ; plus tard on irait pieds nus, et plus tard encore on tremperait, avant la promenade en chambre, les pieds nus jusqu'au-dessus de la cheville dans l'eau froide pendant quelques instants.

Avec de la bonne volonté et le désir sincère de conserver sa santé, tout le monde, même les gens de qualité, même les hommes les plus occupés dans leurs fonctions, chacun trouvera assez de temps pour se rendre ce service.

Un prêtre de ma connaissance allait chaque année, pendant plusieurs jours, voir un bon ami, propriétaire d'un grand jardin. La promenade du matin se faisait régulièrement dans ce jardin, dont l'herbe humectée par la rosée délectait les pieds nus et le corps, tandis que l'esprit était occupé à la récitation du bréviaire. Bien souvent ce prêtre louait, en ma présence, les excellents effets de la promenade à pieds nus

Je connais toute une série de personnes d'un rang élevé, qui ne dédaignèrent pas un conseil d'ami et essayèrent, dans leurs promenades matinales à travers la forêt ou dans un pré isolé, durant la belle saison, à marcher pieds nus pour s'endurcir.

L'un de ces hommes , dont le nombre est relativement encore restreint, m'avoua un jour, qu'il avait passé rarement une semaine de l'année sans être molesté par l'un ou Vautre petit rhuine^ mais que cette promenade si simple l'avait pour toujours débarrassé de cette sensibilité.

J'ajoute ici un mot tout spécial pour les mères de famille. Je serai court, puisque j'ai dessein de publier un petit traité pratique sur la manière de soigner et de conserver la santé. ^ Les mères sont en première ligne — leur concours est indispensable — appelées à élever une génération plus vigoureuse et à détruire ces habitudes de mollesse , l'affaiblissement, l'anémie, la nervosité, toutes ces infirmités qui abrègent la vie et font tant de mal à la société humaine. Ce but pourrait être atteint par l'endurcissement, par un sage endurcissement de l'enfant depuis l'âge le plus tendre. L'air, la nourriture, le vêtement , ce sont des choses tout aussi nécessaires à l'enfant qu'au vieillard, et elles constituent le terrain sur lequel l'endurcissement doit opérer. Plus l'air aspiré par l'enfant est pur, plus le sang est bon. Pour habituer vite la chétive créature à l'air frais, les mères feraient bien, après le bain chaud de chaque jour, de lui donner une ablution froide ou de la

^ Ce traité vient de paraître sons le titre : « Vives ainsi ou avis et conseils pratiques pour vivre en bonne santé et guérir les maladies.-»

MOYENS DE S 'ENDURCIR. 33

plonger, pendant 2-3 secondes, dans l'eau fraîche ou attiédie par le soleil. L'eau chaude rend mou, tandis que la lotion froide réconforte, endurcit et favorise le développement régulier de l'organisme. La sensibilité pleureuse du commencement disparaîtra à la troisième ou quatrième opération. Cet endurcissement garantit les petits enfants des refroidissements si fréquents et de leurs suites, en même temps qu'il épargne aux mères tous ces soins minutieux pour les emmitoufler dans la laine et d'autres étoffes lourdes, qui empêchent l'accès de l'air et qui font horreur à tout homme sensé. C'est en ce point qu'on se rend coupable des plus grandes fautes contre les petites santés. Les tendres corps sont serrés dans ces fourreaux de laine comme dans un étau : ils gémissent sous cette charge de toutes les enveloppes, fourrures, cache-nez: la petite tête est tellement enfoncée, qu'elle n'entend et ne voit plus rien; le cou, qu'on devrait chercher à endurcir avant tout le reste, est tellement entouré, qu'il se trouve complètement soustrait à l'air extérieur. Quand déjà le bijou repose sur les bras de la bonne, pour aller se promener, la maman ne cesse de tout ajuster, de tout fermer hermétiquement, pour que rien, absolument rien ne manque. Dans ces conditions, où la plus légère trace d'un endurcissement rationnel fait entièrement défaut, vous étonnerez-vous que tous les ans la diphthérie, le croup, l'esquinancie, etc., fassent de si nombreuses victimes parmi ces êtres chétifs, que le moindre soufiie du vent rend malades ; que, dans tant de familles, il y ait des membres débiles ou scrofuleux; que les mères se lamentent journellement sur l'état maladif, étique ou spasmodique de leurs enfants, surtout de leurs filles? Que de

défectuosités ou maladies modernes qu'on ignorait jadis! Et puis, qui pourrait compter les infirmités morales, ces fausses fleurs et fruits pourris d'un corps, qui, dès avant son développement régulier et sa croissance complète, est déjà atteint d'une maladie de langueur. Mens sana in corpore sano, un esprit sain ne demeure que dans un corps sain. Une condition essentielle du déploîment d'une santé durable, c'est l'endurcissement aussi hâtive que possible. Ah! puissent toutes les mères comprendre leur mission et leur responsabilité en ce point, et ne manquer aucune occasion de puiser les bons conseils aux bonnes sources !

2" Marcher dans l'herbe mouillée, voilà une variété très efficace de la promenade à pieds nus, peu importe que l'herbe soit mouillée par la rosée, la pluie ou l'arrosement. Dans la 3""^ partie vous rencontrerez bien souvent cet exercice propre à endurcir le corps, qui n'empêche aucune autre application et que je ne puis assez recommander à tout le monde, aux vieux et aux jeunes, aux malades et aux personnes en bonne santé.

Le succès sera d'autant plus profitable que l'herbe sera plus mouillée, l'exercice plus prolongé et plus souvent réitéré. En règle générale cet exercice dure un jusqu'à trois quarts d'heure.

La marche terminée, on n'essuie pas les pieds, on en enlève seulement tout ce qui y adhère indûment, comme les brins d'herbe ou le sable, et on les munit in statu quo^ c'est-à-dire mouillés, d'une chaussure sèche. La promenade dans l'herbe à pieds nus est suivie maintenant d'une promenade à pieds chaussés sur un chemin sec, couvert de sable ou de pierres : au commencement on marche un peu vite, peu à

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peu on ralentit le pas et on reprend son allure ordinaire. Cette marche cessera sitôt que les pieds seront desséchés et réchauffés ; en tout cas, elle ne durera pas plus d'une quart d'heure.

J'attire l'attention sur le mot «chaussure sèche», et je demande instamment que jamais, après cet exercice, on ne se serve de bas humides. Les suites se feraient bientôt sentir dans la tête et la gorge ; cela s'appellerait démolir, au lieu d'édifier. Il n'est pas inutile de rappeler aux jeunes étourdis qu'il est prudent de ne pas jeter les bas et les souliers dans l'herbe mouillée, mais de les tenir prêts dans un endroit sec, afin qu'ils puissent, plus tard, réchauffer les pieds froids et mouillés. Cet exercice, comme du reste toute promenade à pieds nus, peut être entrepris lors même que les pieds sont froids.

3° La promenade sur les dalles mouillées produit un effet à peu près semblable à celui de la promenade dans l'herbe mouillée. Toute maison et maisonnette a quelque part, soit au rez-de-chaussée ou dans un étage, soit à la buanderie ou au fournil, un endroit dallé ou pavé ; cela suffit pour notre promenade nu-pieds sur les pierres mouillées. Dans un long corridor dallé l'on va et vient d'un pas rapide ; mais si l'on n'a que quatre ou cinq dalles à sa disposition, l'on fera du mouvement sur place, à la manière du garçon de ferme qui, en certaines contrées, foule la vendange ou de l'apprenti-boulanger qui des pieds pétrit la pâte. L'essentiel est que les pierres soient mouillées et qu'on ne se tienne pas tranquille dessus : il faut accélérer le pas. Pour mouiller les dalles, l'on se sert d'un arrosoir ou d'une cruche et l'on répand une traînée d'eau assez notable, qu'on élargira ensuite en la foulant. Si les pierres séchaient

trop vite, on les arroserait une seconde ou même une troisième fois. L'eau la plus froide est la meilleure.

Dans les cas où cet exercice est employé comme moyen thérapeutique, sa durée ne doit pas dépasser 3-15 minutes, se réglant d'après l'état plus ou moins faible ou anémique du malade : en général 3-5 minutes devront suffire. Comme moyen d'endurcissement pour les personnes bien portantes, il peut durer une demi-heure et au delà, sans inconvénient. Je recommande cet exercice à tous ceux qui veulent s'endurcir sérieusement. Puisse la nature la plus faible et la plus sensible ne pas se laisser rebuter !

Quiconque est sujet aux pieds froids, aux maux de gorge, aux catarrhes, à l'affluence du sang se portant vers la tête et au mal de tête qui en provient, n'a qu'à se promener souvent sur les dalles arrosées ; il fera bien de mêler un peu de vinaigre à l'eau d'arrosage.

Quant à l'habillement et au mouvement, il faut suivre les mêmes règles que pour la promenade dans l'herbe mouillée. L'une et l'autre de ces promenades peuvent être entreprises lors même que les pieds sont froids.

4° La PROMENADE DANS LA NEIGE NOUVELLEMENT

TOMBÉE a plus d'effet que les deux exercices précédents. Nous observons formellement qu'il s'agit de la neige fraîchement ou récemment tombée, de la neige qui se pelotonne ou qui s'attache aux pieds comme de la poussière, nullement de la neige compacte, durcie, congelée, qui produit un froid trop sensible et ne vaut rien. En outre, il ne faut jamais se livrer à cet exercice quand il fait un vent glacial, mais plutôt quand la neige fond au soleil printanier

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L'exercice dure une demi-heure, une heure, ou même une heure et demie. Je connais beaucoup d'hommes qui en ont obtenu les meilleurs résultats : ils avaient à faire des efforts, dans les premiers moments, pour se surmonter; plus tard ils ne sentaient plus aucune trace de malaise ou de froid extraordinaire. Mais, remarquez-le bien, il ne faut jamais se tenir tranquille, il faut absolument marcher.

Il arrive parfois que des orteils trop délicats, non habitués à l'air extérieur, ne supportent pas le froid de la neige, qui leur donne la fièvre, par suite de laquelle ils deviennent secs et chauds, brûlent et se gonflent. Ne vous effrayez pas, cela n'a aucune importance, et la guérison s'établit vite, si vous trempez souvent dans l'eau de neige les pieds à l'état sec ou que vous les frottiez légèrement avec de la neige.

Le tour de neige peut, en automne, être remplacé par une promenade dans l'herbe couverte de frimas. Dans ce cas, la sensation du froid est plus forte, puisque, à cette époque, le corps est encore un peu habitué à la chaleur de l'été. En hiver, au lieu de faire un tour de neige, l'on peut se promener sur des dalles arrosées d'eau de neige. Pour l'habillement et le mouvement, lisez les règles qui concernent les exercices précédents.

Ce sont des sottises, des folies, — on l'entend dire souvent, — que ces exercices d'endurcissement, dont on peut gagner des refroidissements, des rhumatismes, des maux de gorge, des catarrhes, etc.! ! — Mais si vous faisiez un essai ! Surmontez-vous un peu, et vous vous convaincrez bientôt que ces préjugés n'ont pas de raison d'être et que le terrible

tour de neige a de grands avantages, sans avoir aucun inconvénient. *

J'ai connu dans le temps une femme de haut employé. Cette mère, d'un caractère énergique, faisait grand cas de l'endurcissement de ses enfants : elle ne leur donnait jamais de mets friands et ne tolérait aucune plainte sur le mauvais temps, sur le froid, la chaleur, etc. Quand la première neige tombait, elle leur promettait une beurrée ou une autre friandise de ce genre, dans le cas qu'ils voulussent faire une partie de neige à pieds nus. Ils le firent de longues années , obtinrent une santé florissante et furent, leur vie durant, reconnaissants de cette éducation rien moins que molle. Cette mère a rempli parfaitement sa mission.

C'est là le tour de neige pour les personnes bien portantes. Voici maintenant deux cas qui montrent avec quel succès on peut y recourir aussi dans les infirmités.

Une personne souffrait pendant l'hiver, durant de longues années déjà, d'engelures qui crevaient, suppuraient, causaient de vives douleurs. Sur mon conseil elle se mit, quand la première neige tomba, à faire un tour de neige et le répéta souvent : elle demeura parfaitement quitte des gênantes engelures.

Récemment une fille de dix -sept ans vint me trouver et se plaignit de douleurs violentes dans les dents. Si vous vouliez aller, lui dis-je, nu-pieds dans la neige fraîchement tombée, seulement pendant

1 Je connais beaucoup de médecins qui approuvent de tout point cet exercice, pourvu qu'il soit fait avec un peu de prudence. Quant aux autres, qui sont disposés à me reprocher de la rudesse, je leur rappelle l'emploi bien plus rude encore de la glace.

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cinq minutes, votre mal de dents passerait bientôt. Elle écouta, alla au jardin, revint contente au bout de dix minutes en s'écriant que tout son mal de 'lents avait complètement disparu.

Remarquez toutefois que jamais la promenade dans la neige ne peut se faire, si le corps tout entier n'est pas chaud. Quiconque sent du froid, celui-là est obligé de rétablir d'abord, par le travail ou le mouvement, la chaleur de son corps au degré ordinaire. Les personnes qui transpirent aux pieds, qui ont des plaies ouvertes aux pieds, qui souffrent d'engelures crevées ou suppurantes, ne doivent naturellement jamais se promener dans la neige, jusqu'à ce que la guérison soit effectuée (cf. pédiluve et bain de vapeur des pieds).

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