Fraise
(Fragaria vesca L.)
Quel plaisir pour les enfants de pouvoir présenter le premier petit bouquet de fraises à leurs parents ou à leurs maîtres ! Quelle jouissance de voir sur la table, pour le dessert, les premières fraises ! Mais ce ne sont pas seulement les fruits du fraisier si fécond qu'on aime à voir; beaucoup de mères, soucieuses de la santé de leurs enfants, en cueillent aussi les feuilles, qui sont — elles le savent très bien — un aliment excellent, sain et surtout peu dispendieux.
Comment la mère de famille prépare -t-elle ce genre de thé ? Les feuilles du fraisier étant séchées, elle en prend une quantité, autant qu'elle peut en saisir dans 3 ou 4 doigts ; puis elle verse dessus environ une demi-chopine d'eau bouillante et recouvre le tout. Après 15 minutes elle décante l'infusion et elle est en possession du pur thé de fraisier. Elle y môle alors du laid chaud et un peu de sucre, et voilà une bonne boisson hygiénique.
Si elle remplaçait le tiers ou le quart des feuilles du fraisier par l'aspérule fasperuZa odorata, L.), appelée aussi muguet des bois ou petit muguet, son infusion y gagnerait en saveur et en substance.
Des feuilles du fraisier, belles et fraîches, que l'on cueille pendant les mois de mai et de juin, aux endroits exposés au soleil, notamment sur le pen-
chant des hautes montagnes, et que l'on fait sécher, fournissent un thé de premier ordre, d'un arôme tout particulier, si on a soin de le mélanger avec un peu d'aspérule. Essayez !
Les fraises elles-mêmes ne sont nullement à dédaigner comme nourriture hygiénique. On les sert surtout aux convalescents qui, relevant de maladie grave, éprouvent une grande faiblesse, une grande diminution de forces; ils les mangent avec d'autres aliments. Voulez- vous faire une cure de fraises? Prenez chaque jour, pendant une certaine période, une chopine de lait mélangée avec une demi-cho-^ pine de fraises (cela se pratique beaucoup dansj l'Allemagne du sud), ou bien prenez deux fois pai jour un bon morceau de pain avec un quart de cho-1 pine de fraises, et vous éprouverez bientôt l'actiorij bienfaisante de cette cure, qui remet les forces e1 purifie le sang. 11 vous est loisible de faire cette curej en plein hiver, si vous avez eu soin de confire (pai décoction) les fraises, comme on confît les cerises, les griottes etc..
Aux malades aussi les fraises rendent, en été, les^ meilleurs services contre les inflammations ou chaleurs internes. Quel délicieux réfrigérant, quel soulagement réconfortant les fraises ne procurent-elles pas à ceux qui souflrent de la soif!
Pour la gravelle et la pierre, on recommande beaucoup les fraises prises chaque jour en portions égales.
De même ceux qui souffrent du foie doivent en prendre plusieurs fois par jour, jusqu'à concurrence d'un litre. — Item ceux qui ont des éruptions par suite d'un sang vicié (matin et soir une chopine).
Il est admirable de voir la terre offrir à l'homme
ce fruit en si grande quantité. Puisse notre reconnaissance répondre à cet amour généreux du créateur !
2i. Genévrier.
{Juniperus communis L.)
Qui ne connaît le genévrier, qu'on appelle vulgairement aussi genièvre ? C'est un arbuste d'apparence bien modeste, rabougri et tortueux. Les fruits, de la grosseur d'un pois, verts pendant deux ans et bruns à l'automne de la troisième année, époque de leur maturité, sont des baies charnues. Ces baies, projetées sur des charbons ardents, exhalent un parfum agréable et purifient l'air des chambres et des corridors. Je ne suis pas ami des fumigations au moyen du sucre, du vinaigre, etc., puisque je ne conçois pas qu'avec cela on puisse renouveler l'air. S'agit-il de désinfecter une chambre où étaient couchés des morts ou des personnes atteintes d'une maladie contagieuse, ou s'agit-il de purifier, en temps d'épidémie, l'atmosphère par de grandes fumigations, c'est alors que les vapeurs de graines de genièvre sont bien placées : elles détruisent les miasmes et les principes contagieux suspendus dans l'air.
Les baies de genièvre ont une action semblable dans l'intérieur de l'organisme humain. Elles parfument la bouche et l'estomac, et préservent de la contagion. Les personnes qui sont au service des malades gravement atteints (fièvre scarlatine, variole, typhus, choléra, etc.), qui sont obligées de de les soutenir, porter, servir, écouter, et qui, de cette manière, sont exposées nuit et jour au danger de la contagion, ces personnes feront bien de mâcher sans cesse des baies de genièvre (6-10 par jour) ;
ces baies procurent une bonne saveur à la bouche et favorisent la digestion; elles consument en quelque sorte les exhalaisons et autres molécules infectes, et les empêchent ainsi de pénétrer dans la bouche ou les narines.
Dans l'état de faiblesse de l'estomac, l'on voudra bien faire une petite cure de genièvre, c'est-à-dire se soumettre au régime suivant : le premier jour manger 4 baies, le second jour continuer avec 5, le troisième en mâcher 6, le quatrième 7, et ainsi de suite jusqu'au douzième jour, où l'on sera arrivé à 15 baies; puis on redescendra l'échelle en diminuant chaque jour d'une baie, jusqu'à ce que l'on soit de nouveau arrivé à 5 baies. Je connais beaucoup de personnes qui, moyennant cette cure si simple, se sont purifié et fortifié l'estomac gonflé de gaz et, en raison de cela, extrêmement débilité.
On connaît de longue date l'effet bienfaisant des baies de genièvre sur le foie et les reins (calculs, etc.); elles servent aussi à débarrasser le corps des gaz putrides, des substances corrompues, des humeurs glaireuses.
A côté des baies , on utilise aussi les jeunes pousses du genévrier, pour en faire des infusions théiformes, qui épurent le sang et rendent service dans l'hydropisie.
L'huile de genièvre s'achète habituellement à la pharmacie. — Quant à l'essence ou l'extrait, on peut se l'apprêter soi-même dans le vin, dans l'eaude-vie ou dans l'esprit-de-vin.
Je ne comprendrais pas un père, une mère de famille, qui mettraient tout le soin possible à confire au sel et aux baies de genièvre leur viande et leur choucroute, qui parfumeraient exactement et méti-
culeusement avec ces mêmes graines leurs demeures, mais qui, d'autre part, laisseraient croupir ~ dans la poussière et l'ordure le corps, qui est l'habitation de l'âme. C'est cette habitation qui, elle aussi, a besoin, quelquefois dans l'année, de fumigations et de vapeurs de genièvre : cela purifie l'organisme et soulage l'appareil respiratoire.