DISCOURS PRONONCÉS A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS LE 13 DÉCEMBRE
M. Rouvier, ministre des Finances dans le Cabinet Combes, avait présenté un projet d'impôt sur le revenu qui vint en discussion devant la Chambre en décembre 1904. IT n’aboulit pas, il ne pouvait Dome tir, il était mal venu.
J’expliquai son impropriété en un discours que je reproduis intégralement, d’abord parce qu’il montre l’évolution de mes idées, parce qu’il fait pressentir la réforme que je devais proposer et faire triompher quelques années plus tard, ensuite parce que, donnant en sa première parlie une histoire abrégée de notre fiscalité, il fait dans quelque mesure pendant au discours de 1901 où j'avais décrit le mouvement des budgets de la France durant le XIX° siècle.
M. Josepn Carzraux. — Je ne dissimulerai pas à la Chambre qu'aujourd'hui plus que jamais j’ai besoin et de son indulgence et de son attention. J'ai besoin de son indulgence, car je ne puis oublier que je succède à la tribune à des orateurs de renom, et j'appréhende tout naturellement que la comparaison
qui s’établira entre mon modeste langage d'homme d’affaires et les périodes enflammées de certains de nos collègues ne tourne pas à mon avantage. J'ai besoin de son attention parce que la matière que je vais traiter est ardue, parce que j’ajouterai peut-être aux difficultés de ma tâche en élargissant le débat. Je suis assuré cependant que ni l'attention ni la bienveillance de mes collègues ne me feront défaut s'ils veulent bien remarquer que je n’abuse pas de la tribune, que je parle de questions que j'ai longuement étudiées, auxquelles j’ai mûrement réfléchi non seulement pendant que j'avais l'honneur de remplir les fonctions de ministre des finances, mais surtout depuis que j'ai quitté le pouvoir, de questions que, en résumé, je crois bien connaître.
L'un de nos collègues, M. Lacombe, dans son discours fort intéressant d’ailleurs, exprimait le regret de voir la discussion de la réforme fiscale, de la réforme des contributions directes, abordée à la fin ou dans la seconde partie tout au moins de la législature.
C’est un regret auquel je m'’associe pleinement. J’estime, en effet, qu'une réforme, qui met en jeu des intérêts si divers, dont les conséquences éventuelles sont nécessairement travesties et exploitées par les partis politiques, n’est avantageusement discutée qu'au début d’une législature.
Mes regrets sont cependant tempérés par la pensée que le projet soumis à nos délibérations est plus modeste que son titre ne l’annonce. Il s’agit beaucoup moins d’un impôt sur le revenu que d’une transformation, fort intéressante sans nul doute, mais d’une simple transformation de la contribution personnelle-mobilière. S'il est, en effet, quelque chose qui m’ait surpris — je me permets de le dire — c’est la vivacité de certaines critiques ou de certaines attaques. Je m'explique.