‹ Ma doctrineChapitre 23 sur 40 · PR TRES · texte numérisé non relu

PR TRES

Mes collègues, je vais descendre de la tribune que, pour la première fois depuis trois ans, j'ai occupée quelque temps. Quand y remonterai-je ?

Écoutez-moi |

Je n'ai pas besoin de vous jurer mon innocence, Vous la sentez ; il me paraît qu’elle sort de tout mon être, qu’elle jaillit de mes yeux, de mon corps, de mon âme !

+ Mais il y a un reproche qui court sur les lèvres de beaucoup d’entre vous et au-devant duquel je vais aller. Vous vous demandez comment j’ai pu avoir un certain laisser-aller dans mes relations, qui m'a conduit à fréquenter des hommes que, moi, je n'aurais pas dû connaître. On S’ennoblit en avouant ses torts. Il se peut que j'aie pu pécher — si le terme s’applique — par légèreté, par une sorte d’aristocratisme dédaigneux que l’on m'a parfois reproché. Mais, permettez-moi de vous dire que si j'ai péché — le terme est bien gros — c’est surtout par excès de confiance et par bonté.

Et puis, et puis, dites-moi! Vous rendez-vous compte de la vie qu’on m'a fait mener depuis quatre ans ? Vous rendez-vous compte de la surveillance dont tous mes actes ont été l’objet, des pièges qui m'ont été tendus ?

Car, regardez bien ! Est-ce que vous croyez que c’est par un pur effet du hasard que toute une série de personnes se sont fait présenter à moi ? Est-ce que vous croyez que c'est par une série de hasards qu’on a vu converger certaines personnes de mon côté ? Ah ! il y a deux explications. J’en connais une : je ne la dis pas. Il y en a une autre : c’est que, comme, de ce côté (la droite), on m'a fait une stature, un personnage que je n'ai pas, forcément sont venus vers moi des gens qui ne devaient pas m'’aborder. Je les ai repoussés ; j’ai aperçu la plupart des pièges qui m'ont été tendus. Il se peut que j'aie mis le bout

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du pied dans un ou deux traquenards plus habilement combinés que d’autres. J’ai retiré mon pied dès que je m'en suis aperçu. Qui donc ne s’y serait pas laissé prendre ?

Et puis, voyons, mes collègues ! II faut se souvenir de la parole de Hop : « On voit aisément la paille dans l’œil du voisin, on n’aperçoit pas facilement la poutre qu’on a dans le sien ». D’autres que moi ont connu les prévenus dont on parle. Ceux-là, on ne les nomme pas. On ne parle pas des amis de Duval, ni des présidents successifs de la San Stefano. On ne parle pas des amis de Lenoir, de Desouches. : Je répète que je ne jette de suspicion sur personne, que le prévenu est pour moi ce qu'il doit être d’après ls code pénal : un innocent tant qu'il n’a pas été jugé. Mais enfin, je constate que vers moi convergent toutes les sévérités, tandis que d’autres bénéficient de toutes les indulgences.

Laissez-moi vous dire qu’il faut que ma vie soit nette pour qu'après avoir râclé tous les fonds de tiroirs, on ne trouve à édifier d'autre accusation que ce roman d'ltalie, dont je prétends avoir fait justice,

Imprudence encore, me dit-on ! Maïs l’imprudence est presque inséparable de l’action. (Très bien ! très bien ! sur divers bancs.) Il faut prendre les hommes avec l’ensemble de leurs qualités et de leurs défauts. (Applaudissements.) Vous n’en trouvez pas qui soient aptes aux résolutions de vigueur, qui sachent aux grands moments prendre hardiment leurs responsabilités, préserver par exemple leur pays d’une guerre menaçante et qui ne soient pas conduits, presque sujets, parfois contraints à l’imprudence |

Et cependant, vous allez lever l’immunité Parlementaire en ce qui me concerne et je vous le demande moi-même. (Vifs applaudissements sur les bancs du parti socialiste et des gauches.)

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