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Parce qu'il faut que je fasse justice, devant un tribunal, de toutes les calomnies dont on m’a abreuvé depuis des années, parce que j'entends évoquer les conversations en Suisse que j'aurais eues, en même temps que toutes les ignominies dont on va jusqu’à essayer de salir ma vie la plus intime et qui courent ea ce moment dans Paris.
Tout ce que je veux, tout ce que je réclame, c’est que ma voix ne soit pas étouffée par les roulements de tambour d’un nouveau Santerre. (Vifs applaudissements sur les bancs du parti socialiste).
C’est qu’on me laisse parler librement comme vous me l’avez permis, mes collègues. Tout ce que je veux, tout ce que je vous demande encore, c’est que les faits politiques qui me sont reprochés soient soumis aux juges que la Constitution a désignés.
Il me semble, à lire le rapport et à entendre les explications du Gouvernement, que sur ce point j’ai satisfaction, n'est-il pas vrai, monsieur le rapporteur.
M. ze RAPPORTEUR. — C’est le sens de mon rapport.
M. Josepn CaArLLAux. — Et alors, loin de vous en
vouloir, je vous remercierais, mes collègues. Je serais presque tenté de remercier le Gouvernement qui, en m'infligeant les tortures morales les plus cruelles qui puissent éprouver un homme, me permet de souffrir à l’heure où il y a dans le monde et en France tant et tant de souffrances éparses ; à l’heure où nos soldats, par centaines de mille, peinent dans les tranchées ; à l’heure où, à l’arrière, il y a des veuves en deuil, des orphelins qui pleurent, des femmes tenaillées par l’angoisse. (Applaudissements sur les bancs du parti socialiste. — Exclamations à droite.)
Il est doux de souffrir pour des actes politiques qu’on revendique, car c’est en grande partie pour mes actes passés qu’on me poursuit, pour les pro-
longements qu'on en redoute dans l’avenir, (4pplau- it
dissements sur les bancs du parti socialiste et à |
gauche.) prolongements de l’impôt sur le revenu, (Réclamations à droite. — Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.) prolongements de a formule de 1911.
M. Leras. — Si vous aviez assisté à la séance d'hier, vous ne diriez pas cela.
M. Josepn CaiLLaux. — Il est doux de souffrir pour ses idées, même quand on vous en prête une part, en l’accrochant à vos actes passés, du moment où de ces actes on se glorifie, du moment où on a la mâle certitude qu’on ne les a accomplis que pour servir au mieux son pays, du moment où on a la conscience, le sentiment profond qu’on n’a jamais eu en vue que le bien, que la grandeur, que le triomphe de la France. (Applaudissements.)
Mes collègues, avant de descendre de cette tribune, laissez-moi vous donner un avertissement qui jaillira d’une citation ?
En 1895, je crois, plaidant dans l'affaire Norton, devant le jury de la Seine, M. Clemenceau disait :
« Messieurs, il est temps que tous ces cabotinages finissent ; dites qu’on n’a pas le droit de se jouer du sentiment le plus haut qui soit dans l’homme, le patriotisme ; dites que lorsque par ces soupçons, par ces calomnies, on sème la haine et la division parmi les citoyens, on affaiblit la patrie, on fait en pleine France un grand chemin pour l'ennemi. » (Applaudissements vifs et répétés sur les bancs du parti socialiste et à gauche. — L'’orateur, de retour à son banc, reçoit les félicitations de ses amis.)
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