DISCOURS DE MONTPELLIER
Après ce qu’un journal anglais a appelé « le procès de bouffonnerie », — triste bouffonnerie — Je dois m'ensevelir. Un instant, cédant aux demande$ répé-
tées d’amis, je consens des conférences dont l’une à
Grenoble faillit avoir une issue tragique. Menacé du haut de la tribune de la Chambre, je suis réduit au silence. Je m'en dégage à la fin de 1923 et au commencement de 1924. Les élections sont proches. Je veux crier la vérité au pays, quoi qu’il m'en puisse
coûter. Je parle à Denain, à Montpellier, à Agen, à
Bayeux.
Je retiens le discours de Montpellier :
Citoyens, je ne serai jamais assez reconnaissant à la Fédération des Jeunesses Laïques de l'Hérault et aux groupements républicains qui se sont joints à elle de m'avoir ménagé l’admirable réception qui m'est faite. Hier, les ovations des mineurs du Nord de la France, aujourd’hui, les acclamations des cultivateurs d’un département du Midi et des citoyens d’une ville, grande par son passé, grande par Île foyer de science et de culture qu'elle fut et qu’elle est demeurée, ont répondu, répondent magnifiquement aux éructations des professionnels de l’outrage ot de la calomnie comme aux sifflements des Basile. Quoi que puissent espérer les sycophantes, quoi que
puissent appréhender les timorés, le peuple de notre pays ne se laisse pas prendre aux parodies de justice. Il a tôt fait d’en démêler et d’en flageller l’ignominie.
Parodie de justice ou bien procès de bouffonnerie. comme il était écrit tout récemment dans un des plus grands journaux du monde ! Pourquoi cetts mascarade dont je fus victime ?
Pour, en abattant un homme, écraser une polis tique : la politique des réformes démocratiques — la politique de la paix par la conciliation européenne.
A cette politique, la force des choses, les événements, qui maîtrisent les hommes et les factions. contraindront, contraignent déjà de revenir. Mais il en aura coûté cher à ce pays de flamme de s'être laissé précipiter, une fois de plus, au commencement du xx° siècle, comme cela lui était advenu à la fin -du xvin*, hors de la voie où l’avaient engagé et cherchèrent à le maintenir, à l’une et à l’autre époque, les grands serviteurs de la France.
Que n’a-t-on forcé notre race à se ménager | Que n’a-t-on tempéré ses ardeurs ! À une nation dont la position géographique fut toujours singulière, dont l’affaiblissement ethnique a modifié — qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas — la situation dans le monde, il fallait prêcher obstinément que la politique des ententes, des accords partiels ou généraux avec tous ses voisins servait seule ses intérêts, que l'équilibre européen était à son avantage, qu'elle devait attendre les restitutions légitimes et aussi les extensions normales d'influence des développements de démocratie, des inévitables effondrements de monarchies. Et, quand l’accident de la guerre, ardemment convoité par des minorités éparses, se fut produit, le courage, le vrai courage qui fait fi des impopularités passagères, exigeait qu’on orientât ce pays vers une paix de conciliation intervenant aussi rapidement que possible non seulement par souci