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DISCOURS PRONONCÉS EN 1994, EN 1925 227 d'humanité mais pour le préserver lui-même, pour lui éviter les holocaustes de vies humaines, disproportionnés avec sa natalité, devant retentir sur son classement parmi les nations, pour empêcher enfin une diminution économique pouvant aboutir à un vasselage. C’est vasselage que de vivre sous le pavillon de la Livre et du Dollar.
Le nationalisme déréglé a triomphé. Il a empreint les gouvernants. Pour s’épargner l’opprobre de pen-
ser à la paix, bon marché fut fait des hécatombes. Et,
quand force fut de poser les armes, pour s’épargner l’opprobre d’avouer les déconvenues qu'impliquaient les traités, le sacrifice se poursuivit de la substance économique et financière de la France.
Où nous a-t-on menés de la sorte ? Où en sommesnous ?
M. Thiers avait accoutumé de dire que c'était sur les grands marchés de valeurs que, par le cours des rentes et des changes, se mesuraient et le crédit des États et la qualité des gouvernements.
Si l’on prenait au pied de la lettre une formule que je reconnais trop absolue, quel jugement sévère ne porterait-on pas sur les dirigeants de notre pays !
Hier, la livre sterling était à 113, le dollar à 26. Le franc ne vaut même plus vingt centimes.
Les causes de cette chute, dont je ne rappellerai pas les étapes ?
Les thuriféraires officiels, s’accordant avec les coryphées du nationalisme, ont composé une pièce à grand spectacle qu'ils représentent quotidiennement et qui peut s’appeler le mélodrame du franc. On y
voit tout un lot de conspirateurs, de traîtres, de mau-
vais génies également acharnés à poursuivre la ruine
de notre monnaie nationale.
Si nous en finissions avec ce bêtisier ! Si nous sortions de cette atmosphère de tromperie, dont j’enrage de voir qu'on ne cesse de s'appliquer à envelop-
on"
per notre pays, comme si ce n’était pas lui faire la pire des injures et risquer de lui causer le préjudice le plus grave que de le juger incapable de supporter la vérité et le déshabituer de l’entendre.
La vérité ? Elle est simple. Voyons. 4 |
La France, ainsi que la plupart des pays qui ont été jetés dans la fournaise, en est sortie au-dessous, de ses affaires. Et comment aurait-il pu en être autrement ? « La guerre qui enrichit » est un des plus ignominieux mensonges qui aient été mis en circulation. Dans le conflit nous avons perdu sans doute un tiers, au moins un quart, en tout cas une large part de notre richesse acquise.
Cependant, objectera-t-on, notre balance commer: ciale n’est pas trop défavorable. Nos importations n’excèdent pas de beaucoup nos exportations.
« La balance du commerce, chose futile » écrivait, il y a quelque cent cinquante ans, le précurseur de l’économie politique de la France. Il entendait que les statistiques de douane, quand même elles ne seraient pas étrangement fragiles pour bien des raï-. sons, n’expriment qu imparfaitement et incomplètement le mouvement économique. Combien il avait raison !
Avant la guerre, nous importions infiniment plus que nous n'’exportions et pourtant nous étions en pleine prospérité. L’explication ? Nous avions un magnifique portefeuille étranger. Devenus, grâce à l’extraordinaire puissance de notre épargne, les commanditaires du monde, nous bénéficiions des rentes que nous servaient nos débiteurs. Nous encaissions cinq, six, sept milliards par an. Pour parler plus exactement, nous recevions tous les ans, sans bourse délier, des denrées, des matières premières, des objets fabriqués composant cinq, six, sept milliards.
La guerre a tout changé. |
Ce magnifique portefeuille étranger, qui nous pla-
çait en situation exceptionnelle, il nous a fallu en aliéner la meilleure part pour soutenir la lutte. Les événements de Russie et d’ailleurs ont réduit considérablement la valeur de ce qui nous restait. Et, cependant, les nécessités du conflit nous forçaient à chercher de l’argent à l'étranger.
Créanciers hier, nous sommes devenus débiteurs. Pour maintenir notre pays en équilibre, il nous faudrait exporter beaucoup plus que nous n’importons.
Et, comme, quelque activité que déploient nos agriculteurs, nos industriels, nos ouvriers, ils sont dans l'impossibilité, avec des sources de travail appauvries, d'accroître notablement, du jour au lendemain, la production, le déficit économique est inévitable.
Oh ! nulle inquiétude pour l’avenir ! Nous savons tous l’étonnante vitalité du peuple de France, son obstination au labeur, son goût pour le travail soigné, sa prodigieuse force d'économie. Quelque vingt, quelque dix années de tranquillité — moins peutêtre — et la nation aura de nouveau constitué, sous une forme ou sous une autre, des réserves qui la remettront dans la situation privilégiée où elle était avant 1914.
Mais il faut traverser un défilé redoutable.
Comment y est-on parvenu jusqu’à présent ?
En recourant au crédit. Pas d’autre moyen.
L’étranger — alliés de la veille ou neutres — nous a prêté parce qu'il avait foi en notre relèvement. De l’extérieur on a acheté du franc — formule simple qui recouvre des opérations financières plus compliquées — jusqu'à concurrence de 50 à 60 milliards. Des remises de valeurs, des compensations diverses * ont réduit à 30 ou 40 milliards la créance nette tou- + jours exigible dont disposent nos prêteurs.
» Situation sans grand péril qui était appelée à se . liquider par degrés ! Dette à notre charge qui, selon
le hasard des années, devait subir des hauts et des bas mais qui ne pouvait pas ne pas se consolider ou s’amortir à mesure que nous reviendrait la pros-
périté ! Une seule condition pour que l'appel au cré-
dit se résorbât paisiblement suivant un rythme que connaissent tous ceux qui sont familiers avec l'his-
ÿ toire économique des peuples : conserver la confiance
de nos créanciers.
Si cette confiance est atteinte, si l’homme dans la.
rue à Amsterdam, à Genève ou à New-York qui a acheté du franc vient à s'inquiéter, il vendra et le cours de notre monnaie descendra progressivement.
Explications un peu longues peut-être |
Il était indispensable de les présenter pour clarifier une matière qu’on s’est appliqué à embrouiller.
Dans quel but ? pour habiller les infirmités d'une politique.
La première de ces infirmités a été la cécité. Le gouvernement a été frappé d’aveuglement. I fut
AE E à la chute continue du franc. Des finan-
ciers, s’il avait eu l’idée d’en consulter, lui auraïent dit que rien n’est dangereux pour le crédit d'une nation, comme pour celui d’une entreprise, que la baisse sans répit des valeurs. Le porteur de titres résiste à une panique, à une brusque dépression des cours. Il ne se retient pas de vendre, à moiïns qu'il ne soit très averti, quand il voit décliner jour par jour le cours des effets dont il est porteur.
Mais on dormait sur le mol oreiller de |’ optimisme béat. On ne prenait pas garde aux graves inconvénients que présentait l'exportation des francs pratiquée par l’État, qui l’interdisait aux particuliers, soit
pour des prêts de somptuosité à diverses nations, soit.
pour l'entretien de nos troupes à l'extérieur. On
échangeait des discours de congratulation mutuelle
au Sénat et à la Chambre. Politique, Finances, Dr nomie, tout était admirable.
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Brusque réveil. La livre sterling est à 96 !
On s’affole. En un tournemain, on bâcle un programme qui accroîtra de quatre à cinq milliards les charges des contribuables. On a découvert tout à coup que, l'Allemagne ne payant pas, notre budget des dépenses recouvrables était en l'air. Tout le mal vient de là, dit-on. Vite, bouchons cette grosse fissure. Il n’y aura plus dès lors de raison pour que notre monnaie baisse et, si la chute du franc se poursuit, c’est que toutes les puissances maléfiques seront conjurées contre nous.
Messieurs, il est d’évidence qu’un complément d'efforts devait être exigé de ce pays. Peut-être, hélas | ne sommes-nous pas au bout de nos peines.
Tant de fautes ont été commises, les erreurs les moins excusables se sont prolongées à tel point que nous traînons une dette effrayante dont on ne dit
ni tous les périls ni toute l’ampleur.
Des fautes ? rappelez-vous.
Pendant la guerre l’orgie dans les dépenses ! Pas de contrôle ou une ombre de contrôle illusoire à l’avant ! À l'arrière les produits achetés à des prix excessifs, monstrueux parfois ! Le pays inondé d’allocations ! Démagogie dans les dépenses parallèle à la démagogie dans les recettes auxquelles pourvoit presque uniquement l'emprunt !
L’impôt reste immobile. Un seul souci : rendre la guerre populaire et agréable à ceux qui ne sont pas au front.
L La paix est signée. « L’Allemagne paiera » pro- » clament les dirigeants qui, maintenant la nation en sommeil, ajoutent des sommes considérables à notre passif. Ils ne parviennent même pas — sans doute n’y songent-ils — à faire exonérer la France des dettes qu’elle a contractées pendant la guerre au- . près de ses alliés pour payer les capotes dans les- . quelles nos soldats ont été tués.
Le silence — encore aujourd’hui — sur cette charge menaçante que je n’ose chiffrer |
On se décide cependant, après la chute de M. Clemenceau, à commencer l’œuvre de fiscalité qui s’impose. On cherche à équilibrer ce qu'on appelle le budget ordinaire, c’est-à-dire le budget dégagé des dépenses pour la restauration des régions envahies et pour le service des pensions de la guerre. Ce fardeau on le met à part. On emprunte afin d’y subvenir. Admissible, pour partie, à la condition que les intérêts des dettes qu’on crée soient couverts par l'impôt. Pendant un temps on paraît le comprendre. On inscrit parmi les dépenses ordinaires les annuités afférentes à ces emprunts. Soudain changement de décor. M. Poincaré est au pouvoir. L'Allemagne va payer. On s’endettera désormais pour couvrir les arrérages des appels successifs au crédit et les arrérages de ces arrérages.
La cloche d’alarme retentit cependant. Il faut venir au secours du franc. On va le faire en malmenant le contribuable et en exposant le Trésor.
« En malmenant le contribuable », car le double décime accroîtra des impôts indirects déjà trop lourds et précipitera la cherté de la vie. « En exposant le Trésor », car le même double décime aboutira, en ce qui concerne les successions, déjà taxées de façon trop rude, à une tarification parfois monstrueuse dont beaucoup appréhendent qu’elle ne provoque des évasions de capitaux.
On agit mieux en demandant un supplément de ressources à l’impôt sur le revenu. Et je ne puis ici
me défendre de sourire en songeant que le Bloc Na-.
tional qui gouverne n’a cessé de pourfendre pendant plus de trois années le régime de taxes dont je revendique hautement la paternité, qu’il a proclamé son
intention de le réduire hypocritement à néant en faisant reposer son assiette sur les signes extérieurs
et qu il en vient la quatrième année à reconnaître qu'il n’est pas d’autre clef de voûte pour un système fiscal moderne que les impôts démocratiques. Je ne puis davantage me défendre de sourire en me remé-
morant que j'ai été accusé d'organiser l'inquisition
parce que je suggérais, timidement, qu'un certain contrôle devait être exercé sur les déclarations de revenus. Aujourd’hui, c’est non seulement un contrôle minutieux qu'on édicte, c’est tout un arsenal de pénalités qu’on organise dont je n'hésite pas dire qu’elles sont excessives, dont je ne suis pas seul à redouter qu'elles engagent à des exportations clandestines de titres.
Quand les modérés s’y mettent, ils ont, en apparence tout au moins, des audaces qui effrayent les avancés tels que moi.
Ceux-là tiennent qu'il faut apporter beaucoup de circonspection dans les rehaussements de tarifs. Ils savent que les déceptions sont fréquentes en la matière. [ls tiennent encore qu'avant de jeter les filets de fiscalité qui enserreront toujours le menu fretin on doit s’assurer que les gros poissons toujours prompts à s'évader sont pris dans la nasse.
Est-ce le cas ? Ne s'est-il pas glissé, même dans l'impôt sur le revenu, des privilèges choquants ? Je ne serai démenti par aucun contrôleur des Contributions Directes si j'indique qu’en suite de raisonnements spécieux on a réalisé la monstruosité suivante : tandis que le petit commerçant ou le petit industriel est rigoureusement taxé, les profits des Banques, des Établissements de Crédit, des Sociétés d’Assurances
sont affranchis presque complètement de l’impôt sur
les bénéfices commerciaux. Toute la politique du Bloc National dans ce parallèle qui n’est pas à l’état d'exception ! Je soulèverais la juste indignation de ceux qui m écoutent si j exposais la réduction bénévolement consentie par le Ministre des Finances à
une catégorie de contribuables haut placés en matière d'impôt sur les traitements.
Un travail préalable s’imposait : boucher les fis-
sures avant de s'attaquer à la bourse des petites gens.
Il fallait en même temps, il fallait surtout assurer au
\ Trésor les légitimes reprises.
Quoi de plus justifié qu'une taxe sur l’enrichissement qui contraindrait à des restitutions mesurées ceux qui ont pêché dans les gâchis de la guerre ou dans les gâchis de la paix ! Car il y a eu les gâchis de la paix. Nul n’en ignore aujourd’hui. En prenant l'initiative d’une contribution exigible, non seulement de ceux qui ont profité de marchés passés avec des administrations bienveillantes mais de tous ceux auxquels des lois de prodigalité, telle que la loi sur les dommages de guerre, ont valu des avantages exorbitants, parfois des fortunes scandaleuses, le gou-
vernement se fût non seulement assuré le recouvre-
ment de sommes considérables, il eût mis le pied sur des animosités entre régions qu'il ne faut à aucun prix laisser éclore ; il eût évité que ne se propagent à l'extérieur des accusations, étayées sur des grossissements de faits, qui peuvent nous être fort préjudiciables.
Carence complète !
On recule pudiquement devant un prélèvement sur
les profiteurs de tout acabit que nous, radicaux et
socialistes, aurions impitoyablement fait passer à la
caisse. Ce n’est que, si nous avions réalisé un produit
insuffisant, qu’un appel général aux citoyens, proportionné à leurs revenus, nous eût paru de mise. On pense tout autrement dans les hautes sphères. La taxe sur l’enrichissement y est abominée. Nulle pitié.
en revanche, pour les masses qui non seulement pas-
seront sous la toise du fisc mais sous celle des mercan-
tis doublant ou triplant à leur bénéfice l’augmentation
des impôts indirects.
! DISCOURS PRONONCÉS : EN 1924, En 1925 235
Du moins, les mesures hâtives et sans discernement dont on a fait choix, les impôts sans discrimination, le remède de cheval du double décime ont-ils eu l'effet attendu ?
Voici la réponse : la livre était à 96 francs le 14 janvier ; elle est à 113 le 7 mars.
Qu'est-ce à dire ? C'est-à-dire qu’on n’a vu, qu'on n’a voulu voir qu'un côté de la question. C'est-à-dire que, s’il était nécessaire de demander au pays, sous des formes appropriées, un sacrifice indispensable, il
fallait comprendre qu'il ne suffisait pas que nos budgets fussent en équilibre pour que le franc remontât.
Une monnaie en dépréciation trouve des forces irrésistibles pour triompher de toutes les mesures gouvernementales qui n’atteignent pas le fond même du problème : la confiance, la confiance dans les directions politiques imprimées à la nation.
Suis-je seul à tenir ce langage ?
Dans un grand journal financier, qui n’est pas antigouvernemental que je sache, on lit : « La défiance des étrangers porteurs de francs est de nature
politique autant et plus encore que d'inspiration purement financière, Le divorce des opinions sur le règlement des difficultés internationales est à l’origine de la baisse du franc. » Et au Journal des Débats qu'on ne range pas parmi les organes révolution- | naires,'il est écrit : « Si le franc baïsse, c’est en partie parce que nous n’avons pas donné au monde |: l'impression que nous poursuivons une politique pratique fondée sur la connaissance des réalités. »
La connaissance des réalités ! Si nos gouvernants . l’avaient eue, ils n’eussent pas pris l’entêtement pour . une conception, le droit pour un absolu. Au cas où certaines mauvaises volontés et certaines désinvol- ‘tures les eussent impérieusement contraints à une … prise de gages, ils se seraient appliqués à adoucir une
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