‹ Ma doctrineChapitre 30 sur 40 · A ES · texte numérisé non relu

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J'ai, dès 1920, signalé le péril en même temps que je faisais ressortir le caractère particulier des dettes * interalliées. On ne m'a pas entendu, à l’époque. Les

traités étaient paraphés, observera-t-on et, par une

invraisemblable incurie, la signature de la France

n'avait pas été subordonnée au lessivage des engagements réciproques entre alliés.

| Exact ! Mais, si ceux qui, aujourd’hui, font retentir … l'air d’adjurations éloquentes avaient averti le pays du haut de la tribune, en 1920 ou en 1921, s'ils avaient ameuté l'opinion, n’auraient-ils pas, eux qui appartenaient à la majorité régnante, obligé les gou- … vernements qui se succédèrent à sortir de leur tor- …. peur, à saisir toutes les occasions qui se présentèrent - d'obtenir l’éponge sur l’ardoise.

q On sommeilla. On accumula les fautes.

.… De ces fautes, les gens du nationalisme sont comp- … tables. Avec quelque hauteur indulgente que l’on 4 apprécie leur gestion, il est impossible de ne pas … retenir le bilan auquel elle aboutit. Mettons en parallèle les créances et les dettes de la France, le débit dépasse le crédit, tant et si bien que — monstruosité dont la prédiction eût fait hausser les épaules en … 1919 à l’homme dans la rue, à Paris, à Londres ou Bi à New-York — nous pourrions être noue de verser à \ nos alliés plus que nous ne recevrions de nos enne- “ mis pour la réparation des abominables destructions qu'ils ont causées et dont nous supporterions la … charge totale.

…. « Péril hypothétique ! Exagérations ! dira-t-on. Nos » alliés ne se cantonneront pas dans le domaine du - droit étroit. La note que la Grande-Bretagne vient de

1 à fait avantageuses que M. Bonar Law formula À en 1923 et que M. Poincaré écarta, au mépris des

T 2 TE EC moins promis. Il y a lieu d’ espérer que nous | pousse- À rons nos avantages, Nos associés comme nos alliées. entendront l'impossibilité où nous sommes de solder M ce qu'ils persisteront à nous réclamer autrement M qu’en abandonnant une fraction de notre créance sur | l'Allemagne. » “4

Je veux me persuader que ces espoirs ne seront pas

déçus. Je constate seulement qu'il nous faudra eff: M locher de nos propres mains, sinon sacrifier totale: M ment une part de notre actif et cela en mettant les M choses au mieux. Sans les mettre au pire, j’aperçois que nous aurons à nous défendre contre des em- « prises, au moins indirectes, que l’on voit poindre, sur notre liberté financière. « L'Europe, lisait-on ces u jours dans la presse tchéco-slovaque, est à la veille de w devenir une prison pour dettes sur la plus haute bastille de laquelle flotteront les drapeaux anglosaxons. » Je sais trop le sens politique de la grande M race dont nous sommes les débiteurs pour n'être pas convaincu qu’elle se gardera de justifier la prophétie qui court les journaux de Prague et dont toute ten- « tative de réalisation seraït intolérable à notre pays. Mais, quelle tristesse see être réduit à des conjec- à tures, à des espérances | Et quel jugement sévère ne doit-on porter sur ceux qui, prétendant au monopole - (à du patriotisme, ont conduit la France aux portes a 14 vasselage ! | M

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C'est au Gouvernement issu de la consultation élec: torale, au Gouvernement du Cartel des Gauches qu revient |’ effrayante mission de réparer.

L'’appui sans réserve de tous les républicains doit lui être d'autant plus acquis que son chef, dont chacun sait la volonté de bien, la noblesse d'’ âme, EE haute valeur, a rendu à la Patrie un service incompa ÿ

rable en transformant à Londres l’atmosphère euro- péenne, en éloignant le spectre de la guerre dont, s’il . faut en croire M. Lloyd George bien placé pour savoir, l'ombre, familière à M. Poincaré, s’étendait à - nouveau sur le monde. Et, malgré cela, non, j’en suis convaincu, à cause de cela, M. Herriot, ses collaborateurs, la majorité qui les soutient, sont attaqués avec une violence inouïe par une opposition que commandent des hommes qui, au pouvoir hier, ont l'inconscience de toiser leurs successeurs, alors qu'ils …. devraient prendre mesure de leurs écrasantes responsabilités.

Attaques qui ne pèseraient, si elles n'étaient supportées par quelques-unes de ces grandes forces éco- “ nomiques et sociales qui, remorquant des puissances … de presse, n’aspirent à rien moins qu'à régenter les démocraties. |

Je touche ici au plus grave problème de notre …. temps. Je ne puis que l’effleurer en prenant vue d’ensemble, sommaire, sur les mouvements qui agitent … nos sociétés. Un peu partout, dans tous les sens, des groupements d'intérêts particuliers se forment, se multiplient. Leur vigueur s’accroît. Ils mènent ba- taille contre l'intérêt général en prétendant, en croyant peut- être parfois, le servir. Au vrai, des féo- dalités nouvelles surgissent qui supportent impa- . tiemment la représentation parlementaire. Quand elles n’arrivent pas à la dominer ou à la domestiquer, - elles mettent tout en œuvre : campagnes de journaux, . libelles, agitations dans les esprits, dans la rue, pour ruiner ou paralyser les majorités et les gouverne- . ments qui, ne portant pas pavillon de réaction, se … montrent indociles à leurs volontés.

Si elles ne parviennent à leurs fins, elles recourent ju mouvements tournants. Sachant que les textes législatifs sont vains, que les volontés du pouvoir

‘4 tombent dans le vide quand l’administration ne les

applique ou ne les recueille comme il convient, elles s’attachent à capter les organes d’exécution. Elles ont d’autant plus de facilités pour réussir que, tandis qu’elles grandissaient, l’État s’affaiblissait.

Il faut, en effet, voir les choses telles qu’elles sont. La conséquénce la plus lamentable peut-être de la guerre, c’est d’avoir propagé la démoralisation et la corruption. Elles exercent aujourd’hui des ravages ignorés il n’y a guère plus de dix ans. La prévarication reste à coup sûr exceptionnelle. Mais la passion du bien public est moindre. L’exode des grands fonctionnaires ayant le plus de qualité vers le monde des affaires se p.ononce de jour en jour. L'esprit de compromission gagne ceux qui demeurent. Anxieux

tantôt d'améliorer leur situation, tantôt de s’assurer.

des retraites confortables, les membres de la haute

bureaucratie sont enclins à la facilité vis-à-vis des

intérêts fortement organisés qui, chaque jour, les enveloppent un peu plus, et qui tentent d'enserrer leurs subordonnés.

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La cherté de la vie, que la baïsse du franc ne suffit pas à justifier, dérive pour la plus large part de l’action des groupements ‘économiques, de la faiblesse de l’État. Arrachant un jour de somptueux

droits de douane qui abritent contre la concurrence

étrangère, raréfiant le lendemain les produits par

un malthusianisme toléré, ne reculant pas devant

l’accaparement, même devant de scandaleuses destructions de richesses qui n’ont pas encore été chàtiées que je sache, les féodaux mettent en coupe

réglée le consommateur. Et, du haut en bas de l'échelle, on marche dans leur sillage. Et on se coa-.

lise. Et on est pressé, très pressé. Et on veut faire .

fortune en trois ou quatre ans. Et les intermédiaires

pullulent. Vivent les prix élevés, le plus élevé possible, laissant ample marge pour une cascade de commissions. Tant pis pour les possesseurs de revenus fixes, pour les vieillards, pour les veuves qui n'ont que de maigres rentes, pour les ouvriers, pour les employés, pour les intellectuels qui ne sont pas en situation d'obtenir des augmentations suivant le coût de l’existence. Les petits et les moyens sont molestés, qu'importe |!

Comment les protéger ? Comment remettre de

l'ordre ?

D'abord redresser l'administration — gouverner dans le sens plein du mot — donner aux fonction-

naires la certitude que, si leurs fautes seront impitoyablement punies, les services seront largement reconnus — ne pas liarder sur les rémunérations — surtout réparer les injustices dont les meilleurs ont souffert, surtout ne pas laisser déchirer, ruiner par la calomnie les bons serviteurs de l’État et de la République.

Organiser, d'autre part, discipliner l’économie de la nation, cantonner, par des mesures appropriées, les vastes entreprises dont l’évolution économique a fait des administrations, qui sont plantes vivaces, dont ïl ne saurait être question d’arrêter la croissance, mais dont il faut veiller à ce qu’elles n’envahissent pas, à ce qu'elles n’étouffent pas. Assurer, renforcer le droit de contrôle de l’État. | Tout cela, non seulement dans l'intérêt du plus grand nombre qu'il faut défendre contre les abus, mais dans l'intérêt d’un état social qu'il Hope de sauvegarder | La réaction fait mine de le croire en péril. Fidèle à son éternelle tactique, elle agite le spectre rouge.

Elle mène grand bruit autour d’agitations révolutionnaires auxquelles il faut être attentif mais dont.

on ne doit exagérer l’importance. Elles ne devien:

draient périlleuses qu’au cas où le capitalisme appa-

raîtrait comme indissolublement lié aux guerres périodiques entre nations, aux guerres permanentes entre groupements et individus. Il est, en effet, une prédiction qu’on peut formuler sans crainte de se tromper : le jour où les masses auraient le sentiment que le mode actuel de production et de distribution des richesses n’est susceptible que d’évolutions de dureté, le jour où s’évanouirait l’espoir que tous Les démocrates, quelle que soit leur philosophie, qu'elle soit à base individualiste comme la mienne ou à base socialiste, nourrissent : celui de substituer progressivement une société de collaborations à une société d’antagonismes, ce jour-là, le danger serait pressant d’un triomphe momentané des formules de régression asiatique qui se résoudrait en un bouleversement chaotique.

* x x Donc réformer et, au préalable, recréer l’État.

Créer, recréer l’État, œuvre d’hier, œuvre qu’il faudra périodiquement reprendre en un pays où le pri-

vilège pousse dru. Les grands ministres de l’ancien

régime abattirent les apanagistes, les feudataires, les grandes assemblées anéantirent les castes en même temps qu'elles constituèrent, qu’elles ajustèrent, qu'elles fortifièrent les services publics.

Faire revivre cette haute politique française à la-

quelle s’attachèrent tous ceux dont s’enorgueillit

notre Histoire.

Les uns et les autres, la Convention comme Riche-

lieu, firent emploi de l’autorité. Enseignement qu'il

faut retenir loin de le négliger. Un grand parti qui à

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charge de la démocratie a le devoir d’imposer sa volonté, la volonté du peuple souverain, le devoir d'exiger la collaboration, sans réserve, de tous ceux qui, à l'extérieur comme à l'intérieur, représentent la nation. Ne pas craindre de le dire et de conformer ses actes à ses paroles. Entraîner enfin l’opinion en ne se lassant de représenter que nous ne viendrons à bout des maux dont chacun souffre qu’en maîtrisant les factions, qu’en bridant les appétits, qu’en réalisant la coordination nationale liée à la coordination européenne.

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